Le tabou de la dette mis en cause en Allemagne ?

Mardi dernier 26 le bras droit d’Angela Merkel, Helge Braun, chef de la chancellerie fédérale, a déclaré que « il serait judicieux de combiner une stratégie de relance de l’économie allemande avec un amendement à la Loi Fondamentale prévoyant un corridor pour de nouveaux emprunts sur une base limitée ».

Une telle déclaration, même avec les expressions modérées qu’elle contient est très étonnante de la part d’un haut responsable de la CDU. Aussitôt, les ténors de la droite se sont relayés pour condamner ces propos. Le chef des députés conservateurs au Bundestag a déclaré : « Il n’y a pas de majorité dans le groupe pour modifier la règle constitutionnelle du frein à la dette. » Même la chancelière a dû déclarer que M. Braun avait exprimé une « opinion personnelle ».

Mais tout le monde n’est pas de cet avis en Allemagne. Le coprésident des Verts a déclaré : « C’est une bonne chose que la chancellerie et Helge Braun trouvent le courage de dire enfin la vérité : le frein à la dette n’est plus tenable […] il rendrait impossible les investissements nécessaires dans la protection du climat, le numérique, les mobilités et l’éducation. » Même des économistes réputés proches du patronat et des milieux d’affaire se sont mis à questionner la politique du « zéro noir » (« Schwarze Null, c’est ainsi qu’on appelle en Allemagne l’obsession d’un strict équilibre budgétaire).

A huit mois des élections législatives, il est possible que ce débat devienne un thème central de la campagne électorale.

Source : T. Wieder « En Allemagne, un tabou se lève sur la dette », Le Monde 28/01/2020

N.D.L.R. : Décidément les choses bougent en Allemagne. Plan de soutien à l’économie d’ampleur inédite de 1200 milliards d’euros, plan de relance européen financé par un endettement commun, politique industrielle active en investissant massivement dans des secteurs stratégiques comme l’hydrogène, l’intelligence artificielle ou les batteries électriques, et maintenant remise en cause de l’équilibre budgétaire même hors circonstances exceptionnelles, qui aurait parié sur de telles évolutions de la part de l’Allemagne ?