E. Macron peut-il réussir sa politique ?

 

E. Macron a été élu sur un programme implicite ou explicite de réforme du marché du travail et des retraites, de respect des équilibres de Maastricht (avec réduction des effectifs de fonctionnaires) et de relance de l’Europe lui permettant d’obtenir certains retours bénéfiques. Tout ceci visant à développer l’économie suffisamment pour diminuer enfin le chômage et augmenter les revenus des français. Son programme prévoit une croissance de 1,6% par an de 2018 à 2020, puis 1,7 en 2021 et 1,8 en 2022.

On ne peut que souhaiter au président de réussir son pari, mais quelles sont les raisons objectives de croire à cette réussite ?

Il semble que les prévisions de croissance citées ci-dessus ne reposent pas sur un raisonnement keynésien d’action des dépenses publiques. En effet, le président a dit plusieurs fois qu’il ferait 50 milliards de dépenses d’investissement, mais aussi 60 milliards d’économies. Des documents sont parus depuis qui précisent ces affirmations globales. Les 60 milliards, ce sont des économies annuelles, qui croîtront d’une somme non définie en 2018 à 60 milliards en 2022[1]. Les 50 milliards de dépenses, c’est global pour le quinquennat.

Il y donc un fort excédent des baisses de dépenses par rapport aux hausses. Par ailleurs, le premier ministre et le président vont répétant qu’il faut désintoxiquer les français de la dépense publique[2]. Nous pouvons aussi ajouter les éléments suivants qui confirment ce rejet de la dépense publique comme moyen d’action :

– Après la « découverte » du trou de 8 milliards d’euros légué, paraît-il, par le précédent gouvernement, le gouvernement actuel a confirmé sa volonté de respecter les limites de 3% du déficit budgétaire dès 2007, d’où des coupes supplémentaires.

– Le gouvernement a déclaré vouloir stabiliser les dépenses publiques à l’horizon 2022.[3] D’après des informations recueillies par le journal « Les Echos », cette contrainte obligerait le gouvernement à faire 80 milliards d’économies et non 60.

– Les prévisions annoncées pour 2018 sont de 14 milliards de baisses d’impôt, 2,5 milliards de taxes supplémentaire, et 11,5 milliards d’économies sur les dépenses (dont 8 milliards pour la Sécurité Sociale). On voit que le « en même temps » macronien fonctionne à plein car les nouvelles dépenses sont toujours au moins compensées soit par de nouvelles recettes soit par de nouvelles économies.

– Le premier ministre ne fait pas mystère de sa volonté de diminuer le déficit budgétaire à 0,5% du PIB en 2022, et de diminuer aussi le ratio de prélèvements obligatoires et le ratio de dette publique.

– Le financement des 50 milliards d’investissements n’est pas encore établi par le responsable Jean Pisani-Ferry. Il semble qu’on utilisera au maximum le redéploiement de crédits existants ou de fonds déjà créés par Sarkozy ou Hollande. Cette part n’apportera donc aucun financement nouveau à l’économie. Il y aura aussi des privatisations (le chiffre de 10 milliards a été cité). Pour le reste on essaiera sans doute d’impliquer au maximum le secteur privé. Mais là aussi une partie de ces financements privés seront des investissements déjà prévus (effet d’aubaine).

Toutes ces indications nous paraissent confirmer que le biais est nettement restrictif et qu’on n’aura pas de moteur de croissance provenant des dépenses publiques puisque les dépenses supplémentaires seront très probablement très loin de compenser les économies prévues. Nous dirions même que dans l’état actuel des intentions du gouvernement la politique budgétaire est récessive.

Un moteur alternatif peut être l’augmentation du pouvoir d’achat. Du côté des salaires, il n’y a rien à l’horizon, ou presque, compétitivité oblige ! Par contre, du côté de la baisse des impôts. E. Macron a promis notamment une exonération de taxe d’habitation pour 80% des contribuables, et une suppression des cotisations salariales pour les actifs du privé, mais tout ceci devra être compensé, notamment par une hausse parallèle de la CSG. Il est donc à craindre qu’encore une fois on donne d’une main et qu’on reprenne de l’autre.

Les sources de croissance ne peuvent alors venir que d’une dynamisation de l’offre, ce qui est cohérent avec la politique passée d’Emmanuel Macon comme ministre des finances. Il s’agit officiellement de « flexibiliser » le marché du travail, mais en fait ce qu’on souhaite c’est baisser les salaires et rogner les droits. Quoi qu’il en soit, E. Macron pense que de ce fait les entreprises embaucheront les travailleurs en plus grand nombre, car leur coût direct ou indirect baissera. Si ceci se produisait effectivement, l’offre nationale deviendrait plus compétitive à la fois à l’intérieur du pays et à l’extérieur. De plus, les nouveaux embauchés dépenseraient leurs revenus et augmenteraient le volume de l’économie nationale. Dans ce cas le chômage baisserait.

Cette politique a été menée par Tony Blair il y a 20 ans, et par Gérard Schroeder il y a 10 ans avec un certain succès apparent. Elle a été reprise depuis dans plusieurs pays européens, nous y reviendrons. Il s’agit toujours officiellement de rendre le code du travail moins « rigide ». Bien entendu, les promoteurs de cette politique ajoutent toujours qu’il faut « en même temps » augmenter la sécurité des emplois, c’est la fameuse « flexisécurité » très à la mode ces dernières années, notamment dans les pays scandinaves.

Il n’est pas politiquement facile de mettre en œuvre ce genre de politique. Le gouvernement le sait, qui glorifie abondamment la liberté d’entreprendre et la fluidité des relations de travail, mais cache la précarité et l’arbitraire patronal qui peut en résulter. Quand la réalité sera dévoilée il y aura donc des résistances, et des manifestations ont d’ailleurs déjà été annoncées par certains partis et certains syndicats.

Mais supposons que le gouvernement puisse mener ces réformes jusqu’au bout, celles-ci sont-elles souhaitables ? Quelles sont les différentes variantes de cette politique, quels en sont les gagnants et les perdants ? Pour répondre à ces questions nous faisons ci-dessous un voyage dans plusieurs pays européens pour déterminer ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, et ce qui semble applicable en France.

Les premiers en Europe à se lancer dans la flexibilisation du marché du travail ont été les britanniques. Margaret Thatcher a commencé au début des années 1980. Tony Blair a continué à la fin des années 1990, puis Cameron a amplifié les choses à partir de 2010. En résumé, le marché britannique s’est progressivement et grandement flexibilisé, mais le volet sécurité a été très peu pris en compte, au point qu’on a pu qualifier la Grande-Bretagne de pays « flex-insecure ». En effet ce marché est un des plus flexibles d’Europe[4]. Le contrat « zéro heure » symbolise cette flexibilité. Il concerne presque 1 million de personnes et consiste à ne fixer aucune durée hebdomadaire de travail, cette durée pouvant être un temps plein une semaine et zéro la semaine suivante. Dans l’autre sens, pas de durée maximale. Le maximum européen de 48h hebdomadaires est officiellement en vigueur, mais on peut y déroger très facilement. Presque toutes les décisions concernant les salariés se prennent au niveau de l’entreprise, au point que des voix commencent à dénoncer l’absence de coordination au niveau des branches. Pour parachever l’édifice, David Cameron a institué une quasi impunité des employeurs : plafonnement des indemnités de licenciement à 12 mois de salaire, ancienneté minimale de deux ans pour pouvoir saisir les prudhommes, institution d’un recours payant à ceux-ci (310 livres en 2013), durcissement du droit de grève, …. Il n’y plus beaucoup de plaignants[5] !

Bilan de cette flexibilité sans sécurité ? Ses défenseurs argumentent que c’est la principale raison de la forte baisse du chômage depuis les années 1990. Peut-être, mais c’est au prix d’une précarisation très forte des travailleurs. Les autorités prétendent aussi que cette dérèglementation aurait permis aux entreprises d’embaucher plus. Mais ceci est démenti par des études[6], qui ont mesuré que la croissance du pays n’est pas plus riche en emplois. C’est plutôt la croissance elle-même qui est plus forte. Par ailleurs il a été noté un désengagement important de certaines catégories sociales, qui les a conduits à quitter le marché. Enfin, l’étude pointe le fait que les négociations salariales sont au niveau le plus bas et que ceci a conduit à une sous-indexation obligée des salaires réels à la productivité. Par ailleurs, ce pays étant hors zone euro, la Banque d’Angleterre mène une politique autonome très accommodante et maintient un taux de la livre assez bas. Le déficit budgétaire a été conservé après la crise à des niveaux très hauts (11% du PIB en 2010, 6,6% en 2013), en tout cas bien plus haut que dans les pays de la zone euro. On peut penser que ces politiques monétaires et budgétaires expansives ont autant contribué à la croissance, voire plus, que la flexibilité.

Le bilan britannique est donc plus que mitigé, négatif du point de vue social et douteux du point de vue de la croissance économique et du chômage.

Qu’en est-il en Allemagne ? Bien que moins exagérément flexible qu’en Angleterre, le marché allemand est incontestablement beaucoup plus flexible que le français. Disons pêle-mêle qu’un patron allemand peut engager en CDD (durée inférieure à 2 ans) sans motif particulier et renouveler ce CDD 3 fois dans les 24 mois (plus longtemps dans certains cas), que le licenciement est très aisé dans les petites entreprises (moins de 10 salariés), dans les autres une simple lettre suffit, que l’indemnité de licenciement n’est pas la règle (il faut un motif), que les plans de restructuration sont assez aisés, et que leur contestation est très encadrée. Le temps de travail est limité à 48h, le salaire minimum est à 8,84€/h et les charges sociales de 20% du salaire brut (c’est un taux faible). Il y a aussi des « mini jobs » à 450 euros par mois avec très peu de charges.

En principe ce droit très favorable à l’employeur est contrebalancé par des conventions collectives beaucoup plus avantageuses. C’est le cas dans l’industrie. Mais la proportion de salariés couverts par ces conventions est en déclin (moins de la moitié aujourd’hui). C’est pourquoi les syndicats, constatant que le dialogue social n’est plus suffisant pour assurer aux salariés un revenu décent, réclament maintenant un salaire minimum. En effet la part des « bas salaires » (salaires inférieurs aux 2/3 du salaire médian) est à 22,5%, une des plus élevée d’Europe (8,8% en France)[7].

Il est toutefois incontestable qu’ici aussi l’économie se porte bien globalement, et probablement la flexibilisation y a contribué, principalement par baisse du salaire moyen, ce qui a facilité la conquête des marchés extérieurs. Cependant le système produit aussi des inégalités assez fortes, et une fois de plus, le volet « sécurité » des emplois n’est pas traité.

Déplaçons-nous maintenant en Hollande. Dans ce pays, on parle clairement de flexisécurité. Ce concept a fait l’objet d’un accord en 1996 et d’une loi en1999. On a donc un bilan de 20 ans d’application. Or une étude récente[8] est très critique. Il constate que la part de l’emploi flexible est de 1/3 (dont 1/10 de travailleurs indépendants) sans compter le temps partiel (très courant) et que le volet sécurité de la « flexisécurité » est largement oublié.

En effet, à côté du CDD et de l’intérim classique, on a aussi le « payrolling » (travailleur détaché) et le « contracting » (sous-traitance), tous deux plus développés qu’ailleurs, et dans lesquels le travailleur échappe aux conventions de l’entreprise utilisatrice et à celles de l’intérim (contrats « sur appel », « zéro heure », …). Enfin les travailleurs indépendants (autoentrepreneurs) ou les « faux indépendants » ont déstabilisé le marché du travail dans plusieurs secteurs (bâtiment, transport).

Il faut noter que comme le souhaite E. Macron en France, la loi de flexisécurité a prévu que des accords d’entreprises puissent déroger aux accords de branche ou nationaux, en mieux comme en moins-disant. Mais aujourd’hui on constate que la crise et la concurrence ont surtout amené plus de flexibilisation (dérogations au nombre maximum de CDD successifs, réduction du délai de carence entre deux contrats). La course vers une flexibilité toujours plus forte l’emporte.

Constatant les dégâts, depuis 2010 les autorités ont tenté de revenir en arrière en verrouillant quelques points : pas de CDD supérieur à 2 ans et 6 au maximum sur 4 ans, obligation de les justifier par des contraintes d’activité, responsabilité des donneurs d’ordre dans le paiement des salaires en cas d’intermédiaires, et encadrement strict du statut de travailleur indépendant. Mais nombreux aux Pays-Bas sont ceux qui pensent qu’il sera impossible de faire rentrer le diable dans sa boîte.

Nous allons terminer notre voyage en Europe par les pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande), qui présentent entre eux beaucoup de points communs et qui seront en somme, l’exception qui confirme la règle. En effet, ces pays sont typiquement ceux qui ont appliqué la flexisécurité à la satisfaction des 2 parties, mais nous verrons que ce succès tient autant à un contexte spécifique qu’à la flexisécurité elle-même. Le Danemark est le plus typique, nous le prendrons comme exemple, et son système se caractérise par 3 volets indissociables :

1. Un marché du travail flexible : facilité d’embauche et de licenciement, guère de différence entre CDD et CDI. Cette légèreté de la loi est fortement contrainte par une obligation consentie par les employeurs de négocier avec des syndicats puissants et bien informés (par exemple pour un licenciement collectif). 80% des salariés sont syndiqués (11% en France, 25% en Allemagne) et 60% d’entre eux ont un patron également syndiqué (moins de 10% en France[9]).

2. Indemnisation du chômage généreuse : 90% du salaire pendant 2 ans, avec plafonnement à 562 € par semaine. Après, il y a une allocation d’aide sociale, calculée à 60% du plafond ci-dessus.

3. Politique d’emploi active : le chômeur doit rendre compte chaque semaine de sa situation, et il est souvent envoyé en formation pour compléter ses compétences. Après quelques mois la pression est mise pour accepter les offres qui se présentent même dans un métier différent.

Le modèle danois de flexisécurité fonctionne donc. Le chômage est officiellement à 6% et surtout le Danemark utilise 76% de sa population active, contre 57% en UE27. Il frise même la surchauffe car il y a des pénuries de main-d’œuvre qualifiée. Ceci dit la croissance est modérée (1% en 2016).

Il fonctionne principalement parce que les danois l’acceptent. Satisfaits de la sécurité apportée, ils acceptent d’être flexibles, de souvent changer de job, voire de métier.

Ceci dit, il a un coût. Le Danemark y consacre 1,6% de son PIB auxquels il faut ajouter 0,54% de coût des formations associées. Les coûts correspondants en France sont de 0,25% (budget de Pôle Emploi) et 0,3% (formations associées).

Ce coût est également accepté par les danois, tout comme le taux des prélèvements obligatoires, un des plus élevés d’Europe (très proche de celui de la France).

Les 2 autres pays nordiques examinés sont au même diapason. Les différences sont minimes. On peut toutefois noter des licenciements plus difficiles en Suède, sauf difficultés économiques, mais encore une fois ceci est compensé par la vigueur des discussions entre les syndicats et le patronat.

En conclusion sur la mise en œuvre de la flexisécurité dans ces pays nordiques, il est probable que cette politique explique en partie la bonne santé économique et surtout sociale de ces pays. Mais il faut insister sur le fait que la flexibilité ne peut seule être tenue comme l’explication de ces succès. Le complément d’une sécurisation très active des emplois est indispensable, et l’investissement massif et régulier dans le « capital humain » y contribue tout autant. Rappelons aussi que tous ces pays sont hors zone euro, et même hors UE pour la Norvège. Ceci leur donne une grande liberté pour leurs politiques monétaire et budgétaire.

La leçon de cette description sommaire du fonctionnement des marchés de l’emploi dans 6 pays européens est multiple :

1. Dans les pays où la flexisécurité fonctionne vraiment (chômage bas et précarité faible), ce succès est permis par un contexte social très particulier, notamment l’acceptation par les travailleurs de la mobilité et de l’impôt. Il est aussi permis par une négociation fructueuse sur tous les sujets entre des syndicats puissants de patrons et de travailleurs. Enfin il a un coût élevé. Le succès est aussi permis par une politique de formation de haute qualité de toute la population.

2. Partout où la flexibilité est promue sans la contrepartie obligatoire de la sécurité, la concurrence internationale pousse le marché et les partenaires sociaux vers toujours plus de flexibilité et une grande précarité. Elle augmente aussi les inégalités, et assez souvent la hausse des salaires est fortement freinée.

3. Dans tous les cas examinés, le chômage a été abaissé, mais en l’absence de sécurité, la responsabilité de la flexibilité dans ce succès reste à prouver. Même quand c’est le cas, la flexibilité plus grande ne peut abaisser le chômage qu’en augmentant la compétitivité, par baisses des coûts directs ou indirects. Donc non seulement la précarité augmente, mais de plus elle doit se traduire par une baisse des salaires moyens ou des avantages sociaux, ou des deux.

Compte tenu de ces éléments, que peut espérer E. Macron et surtout, que peuvent espérer les travailleurs français ? Supposons que l’action du gouvernement ne rencontre aucune opposition et puisse se dérouler sans entrave, ce qui en réalité est loin d’être acquis. Que pourrait-on en espérer ?

La flexisécurité vraie, à la scandinave, semble hors de portée. Si d’aventure la volonté de l’atteindre était affichée par nos dirigeants, c’est que probablement ils ne mesureraient pas le coût et les implications sociales de cette politique. S’ils s’y lançaient malgré tout, il est à craindre que la sécurité ne soit oubliée au passage et qu’un engrenage à la hollandaise ne s’enclenche. Dans ce cas on afficherait un dispositif de sécurité rassurant, mais son effet réel serait nul, et le pays glisserait peu à peu vers la flexi-insécurité.

Par ailleurs, n’oublions pas que le but avoué ou implicite de toute cette stratégie est de rendre les entreprises françaises plus compétitives et de gagner des points dans la compétition internationales. Or plus le temps passe, et plus sont nombreuses les nations qui font de même. Il en résulte une compétition au moins-disant social et aux salaires bas dont font les frais les travailleurs des pays concernés.

 

 



(1) En fait, le gouvernement espère économiser 10 milliards d’assurances chômage du fait de l’amélioration de la conjoncture, il resterait alors 50 milliards par an de diminution des dépenses. Par ailleurs ces 50 ou 60 milliards s’entendent par rapport à un niveau de dépenses publiques qui « aurait cru » à un rythme de 1,7% par an. Il y a là un peu de marge de manœuvre, car ce taux est arbitraire.

(2) Cette affirmation témoigne d’une méconnaissance de la situation réelle du pays. Dès 2012, L. Davezies, dans « La crise qui vient », décrivait la sombre situation de nombreuses provinces, qui n’ont pu supporter la disparition des emplois industriels que grâce à l’emploi public et aux transferts sociaux. Il y a peu de chances que la situation se soit améliorée depuis.

(3) Voir Les Echos du 12 Juillet 2017

(4) Voir Hélène Haus « La Grande-Bretagne, royaume de la flexibilité absolue » La Tribune 06/08/2013

(5) Solène Davesne « Les limites de la flexibilité » Usine Nouvelle 19/05/2016

(6) Christine Rifflart « Flexibilité en trompe-l’œil du marché du travail britannique. » Revue de l’OFCE N°66 Juillet 1998

(7) Cécile Bouthelet « En Allemagne, le droit du travail est plus flexible, mais produit des inégalités. » Le Monde 11/04/2017

(8) « Au bout de 20 ans de réformes du marché du travail, l’emploi trop flexible ? » Chronique Internationale de l’IRES, Septembre 2016

(9) Il s’agit d’estimations. Le chiffre exact n’est pas connu pour l’instant.

Editorial : BCE et austérité dans l’affaire grecque

 

 

Alexis Tsipras ne cesse de le dire sur tous les tons : il ne peut pas accepter une continuation de la mécanique précédente, celle qui, coordonnée par la fameuse troïka, accorde une aide de l’Union Européenne en contrepartie des « efforts » de la population grecque, efforts qu’il faudrait plutôt appeler déflation des revenus et appauvrissement de la population. En agissant ainsi, le chef du gouvernement espère conjurer le pire, à savoir que les autorités européennes acculent les grecs à un choix impossible : la banqueroute ou la continuation du plan d’austérité. Il plaide pour une aide intérimaire donnant le temps de trouver ensemble avec ses partenaires européens une autre issue.

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L’économie de l’offre (suite)

 

Editorial : La politique de l’offre (suite).

Gabriel Galand (Septembre 2014)

 

L’exécutif français en remet une couche sur sa politique favorable aux entreprises. En effet Manuel Valls vient de former un gouvernement dont il s’est expressément assuré que tous ses membres approuveraient sans réserve la politique de soutien aux entreprises et de réduction des dépenses publiques. On croit comprendre que le Président approuve cette orientation (Lire la suite…)

Les 50 milliards de M.Valls ou le retour de l’économie de la ménagère.

 

Les partisans du plan d’économie, annoncé par M. Valls sous l’impulsion de F. Hollande, prennent comme acquis qu’un tel plan est absolument nécessaire, et le justifient par des  » évidences  » qui sont pour la plupart des comparaisons avec la comptabilité des ménages et des entreprises ou une complainte pour les générations futures. Un bon échantillon des arguments avancés est donné dans le journal Le Monde du 18 Avril. Nathalie Nougayrède, directrice du journal, se fend d’un éditorial au vitriol :  » Halte aux jeux de rôle débilitants  » qui présente donc les opposants comme des débiles mentaux. Quels sont donc ces arguments irréfutables ? Extrait :  » Tout le monde sait que la France vit au-dessus de ses moyens depuis quarante ans: depuis 1974, aucun budget n’a été voté ne serait-ce qu’à l’équilibre. Tout le monde sait que ces déficits annuels ont fini par accumuler une dette publique qui approche désormais les 2000 milliards d’euros, et que les intérêts de cette dette nous coutent, chaque année, quelque 45 milliards d’euros. Personne n’ignore que, dans une situation comparable, n’importe quel ménage ou entreprise aurait, depuis longtemps, mis la clef sous la porte. « 

Les économistes ne sont pas tous  » débiles « , et la plupart savent qu’il s’agit là d’ "Economie de la Ménagère", ainsi nommée par dérision parce ces théories ignorent qu’un Etat ne peut tout simplement pas être comparé à un ménage ni même à une entreprise. Le débat est un peu compliqué par l’existence de l’euro, mais si pour commencer nous considérons un état souverain, qui émet sa propre monnaie (par exemple les Etats-Unis), il ne peut jamais faire faillite, car il ne peut par définition manquer de sa propre monnaie. Certes son économie doit être suffisamment forte pour que le pays ne soit pas surclassé, et peut-être un jour dominé par d’autres pays, mais en tout cas il n’est nul besoin qu’un tel pays recherche l’équilibre de ses comptes publics. Qui plus est un tel équilibre est le plus souvent nuisible, car pour générer les nouveaux moyens de paiement nécessaires à la croissance des volumes et des prix, il faut que les groupes sociaux dans leur ensemble génèrent ces moyens de paiement par leur endettement, ou que le commerce extérieur excédentaire y pourvoie en finançant l’économie par des devises étrangères. Les ménages, sauf s’ils s’endettent exagérément, ce qui est à éviter comme nous l’avons constaté lors de la crise dite  » des subprimes « , sont plutôt épargnants. Dans un pays qui aurait un commerce extérieur à l’équilibre ou en déficit, l’Etat ou les entreprises ou les deux doivent donc s’endetter suffisamment pour impulser une croissance non nulle. Et de fait les Etats-Unis ont depuis la dernière guerre mondiale été toujours en déficit sauf pour de brèves périodes. Il en est de même pour d’autres grands pays (Japon, Grande-Bretagne, …). Le Japon et les USA ont ainsi accumulé des endettements plus élevés que les nôtres sans graves inconvénients pour eux.

Bref, un Etat a une fonction passive ou active de régulation de l’économie du pays, fonction que n’a évidemment pas un ménage, et, à cause de cette fonction, il dispose de moyens (impôts, emprunts, banque centrale) dont ne dispose pas le ménage ou l’entreprise. Par conséquent un discours tel que celui de Nathalie Nougayrède non seulement n’énonce pas d’évidences comme elle voudrait le faire croire, mais est fondamentalement erroné.

Le mythe du fardeau des générations futures est de même nature. Nos enfants ne rembourseront pas la dette publique plus que nous ne la remboursons, car cette dette augmente sans cesse comme le reste de l’économie, en fait elle n’est jamais remboursée. On pourrait aussi argumenter que nous transmettons sans doute un passif, mais aussi un actif, dans lequel il faudrait inclure non seulement les actifs matériels mais aussi immatériels (connaissances, éducation). Bref ici aussi le raisonnement est douteux.

Pourquoi l’analogie entre les gouvernements et les ménages a-t-elle la peau aussi dure ? Il peut y avoir 3 raisons, comme le rappelle R.Wright lors d’un interview .

– certains économistes de la vieille école ont été formés avec le système de l’étalon or ou du  » gold exchange standard « . Dans ce système, on peut admettre qu’il y a une contrainte financière et qu’un gouvernement pouvait manquer d’or ou de dollars. Mais depuis 1971 il n’y a plus de tel système.

– les gens qui n’ont pas de formation économique sont tout simplement trompés parce qu’ils ne voient pas la différence entre un gouvernement et un ménage. Les politiques utilisent cette analogie parce qu’elle marche, les gens la comprennent intuitivement très facilement bien qu’elle soit complètement fausse.

– il y a aussi des gens qui utilisent l’analogie tout en sachant qu’elle est fausse, mais pour pousser le peuple à faire ce qu’il ne voudrait pas faire autrement, par exemple faire des coupes dans les dépenses sociales. Cette raison a pris de l’importance dans les dernières années à cause de la volonté politique de réduction des déficits.

Ayant ainsi fait justice de ces tromperies dans un pays monétairement souverain, parlons maintenant des pays de la zone Euro. A juste titre on peut objecter qu’un tel pays n’est pas monétairement souverain, puisqu’il a délégué sa fonction d’émission monétaire à la BCE. Ceci dit, les emprunts au marché restent nationaux et donc techniquement un gouvernement national peut s’endetter sans limite, en estimant ainsi remplir sa fonction de régulation de l’économie.

C’est là qu’interviennent les marchés financiers, les investisseurs et spéculateurs, les agences de notation, etc. Ce système financier contraint les gouvernements à conserver une gestion  » présentable « , sous peine de ne plus pouvoir emprunter, et cette fois-ci faire faillite car ils ne peuvent plus faire appel à leur banque centrale, sauf si les partenaires de la zone décident de renflouer tout pays en difficulté. C’est ce qui s’est passé pour les pays du sud (Grèce, etc.). La contrainte des marchés est renforcée par des règlements communautaires qui visent à éviter de se trouver devoir renflouer un pays voisin.

Tout cet échafaudage de contraintes existe, on ne peut le nier, mais il ne faut pas se tromper de raisonnement. Ce n’est pas pour une saine gestion  » ménagère « , ni pour les générations futures, qu’il faut se serrer la ceinture. C’est parce que nous avons accepté la contrainte des marchés et celle de l’euro.

Tournons-nous maintenant vers l’économie pour savoir si malgré tout ce plan d’économie a un sens. Car la dette a un coût. Peut-être serait-il rentable de se restreindre pour diminuer le coût de cette dette à l’avenir ? De ce côté la théorie économique semblerait plutôt indiquer que non. Les expériences passées de récession et de déficits publics semblent plutôt indiquer qu’il ne faut pas diminuer le déficit public en phase de récession ou de stagnation. En effet, la résorption du déficit ne peut en dernier ressort venir que du redécollage de l’économie. A vouloir le résorber trop tôt non seulement on empêche l’économie de repartir, mais on ne réduit jamais le déficit autant qu’on l’aurait cru au départ, car la récession ou la stagnation réduisent les rentrées fiscales. Il faut donc accepter d’augmenter le déficit jusqu’à ce que l’économie soit vraiment ressortie de la récession.

Les Etats-Unis ont maintenu leurs déficits plus longtemps que les pays de la zone euro et sont donc sortis de récession plus tôt. Certes ce n’est pas le seul facteur qui a joué mais il a certainement joué.

Un autre argument du gouvernement est que ce plan d’économies va financer des baisses de charges pour les entreprises, par conséquent celles-ci pourront créer des emplois. Mais là où le bât blesse, c’est que si ce choc  » d’offre  » est annulé par un choc symétrique de demande (baisse des revenus), les entreprises n’auront pas les débouchés supplémentaires pour justifier les embauches espérées. Il y a fort à parier que les marges dégagées par les baisses de charges iront en priorité aux actionnaires ou à des investissements dans d’autres pays.

En conclusion ce plan d’économies a tout pour déplaire. Que faudrait-il faire ? Malheureusement rien ne peut se faire de sérieux en France dans les contraintes des traités européens et le corset des marchés mondialisés. F. Hollande a accepté les contraintes sans obtenir de contreparties sérieuses. L’urgence impose de passer à une autre vitesse et de reconquérir rapidement des marges de manœuvre.

Des marges de manœuvre financières : la gradation, c’est

– l’agence de financement publique, du style de la BPI (Banque Publique d’Investissement) mais avec statut bancaire et refinancement par la banque centrale. Cette action a été préconisée dans un
plan de relance par la FNH
(Fondation Nicolas Hulot).

– réquisition de la banque centrale (voir notre éditorial "Etat d’urgence ").

– sortie de l’euro.

Des marges de manœuvre commerciales : rétablir en droit nos barrières douanières et engager des négociations tous azimuts pour équilibrer nos échanges.

Des marges de manœuvre politiques : chercher des alliés dans les pays européens pour une autre organisation de l’euro et de l’Europe, par exemple la mise en place d’une monnaie commune (voir notre Fiche sur le sujet ).

Dans ces propositions on voit combien on est loin du braquet actuel du gouvernement, qui semble pédaler dans le vide. Pas étonnant que les français votent de moins en moins.

 

Editorial : Le socialisme de l’offre

Le président Hollande persiste et signe. Dans son discours du 31 Décembre lors de ses vœux pour la nouvelle année, il annonçait une évolution de sa doctrine économique que le journal « Le Monde » résumait par son titre « Mr Hollande défenseur d’un socialisme de l’offre ». Le 14 Janvier il a été encore plus clair. Défendant son « pacte de responsabilité » il a lancé comme pour se justifier « l’offre crée la demande ». (Lire la suite…)

Faîtes votre plan vous-même

 

Notre dernier éditorial s’intitulait « Etat d’urgence ». C’était en Avril dernier. Aujourd’hui la situation ne s’est pas améliorée. Le signal le plus connu, la statistique du chômage, continue de voler de records en records. Le gouvernement essaie de tenir sa promesse d’inverser la pente à coups d’emplois aidés. En Octobre le nombre de chômeurs de catégorie A a légèrement baissé, mais ceux de catégorie B et C (travailleurs pauvres) a augmenté, de sorte que le total augmente encore de 40.000 demandeurs d’emploi. (Lire la suite…)

Editorial: Etat d’urgence

 

La situation est grave. Le chômage explose, quels que soient les chiffres qu’on prend pour le mesurer. La catégorie la plus restrictive, la catégorie A (sans aucun emploi), a passé depuis plusieurs mois le cap des 3 millions de chômeurs métropolitains. Il suffit d’ajouter les DOM/TOM et les chômeurs à temps partiel ou en formation pour dépasser les 5 millions. Alternativement on peut aussi ajouter tous ceux qui, en fin de droits ou découragés avant, sont sortis du marché du travail. 5 millions, cela fait environ 17% de la population active. Chez les jeunes ce taux dépasse 30%(1). Et les prévisions sur ce front restent sombres. L’OCDE prévoit une continuation de la hausse au moins jusqu’à la fin de l’année. (Lire la suite…)

Editorial : Le sauvetage de la Grèce ou la politique de Gribouille

Dans les affrontements publics ou privés sur l’opportunité des plans d’aide à la Grèce, ceux qui l’approuvent affirment immanquablement pour justifier leur position qu’on ne peut pas laisser tomber la Grèce, un membre éminent de l’UE par son histoire, le berceau de la civilisation européenne, etc. … Il ne semble pas leur venir à l’idée qu’il y aurait peut-être une ou plusieurs autres manières pour la Grèce de s’en sortir et pour les autres de l’aider dans cette entreprise (Lire la suite…)

Editorial: et si l’euro sombrait …

Avertissement : A notre connaissance personne n’a essayé jusqu’à maintenant d’imaginer comment passer de l’euro monnaie unique à l’euro monnaie commune dans un contexte conflictuel. Ce papier a donc pour objectif de lancer la réflexion sur ce sujet tabou et difficile. Bien entendu les éventuelles erreurs sont de la responsabilité entière de l’auteur.

 

Pourquoi l’euro peut sombrer

Chacun peut observer que la probabilité d’un naufrage de l’euro grandit. (Lire la suite…)

Editorial : La guerre des monnaies aura lieu

 

Lors de sa réunion des 2 et 3 Novembre, la FED a confirmé son opération QE2. De quoi s’agit-il ? (Lire la suite…)