Editorial: La peur de la dette

 

La crise sanitaire actuelle et les mesures qui l’accompagnent ont causé un violent ralentissement de l’économie, encore accentué par les remous dans le secteur du pétrole. Dans le monde entier les dirigeants cherchent les moyens que ce choc ne dégénère pas en profonde récession. Pour cela ils essaient de sauvegarder les moyens matériels et humains de manière à pouvoir les réutiliser rapidement dès que ce sera possible. Notamment les salariés ne peuvent plus être payés par les entreprises à l’arrêt, et pour conserver au maximum les équipes en place, l’Etat doit se substituer aux employeurs pour les payer aussi bien que possible. Des possibilités de chômage partiel ont été ouvertes et sont accordées très facilement. De manière plus générale en France le gouvernement a cherché à rendre disponibles le maximum des filets de sécurité existants.

Evidemment tout ceci coûte de l’argent aux Etats. Rien que pour le chômage partiel le ministère estimait mardi 31 mars le nombre d’indemnisés à 3,6 millions pour 400.000 établissements (en 2011 le nombre d’établissements n’avait pas dépassé 300.000), et une enveloppe en hausse mais encore provisoire de 11 milliards d’euros. Et quand il faudra prendre des mesures de relance il y aura encore d ‘autres types de dépenses.

L’Allemagne a d’entrée prévu de mobiliser au total 150 milliards d’euros. En France on a commencé par dire 45 milliards. Mais aujourd’hui l’estimation a grimpé à 100 milliards, en attendant qu’elle monte encore.

Pour financer tout cela, les circonstances sont plutôt favorables. Les taux d’intérêt sont très bas, et les banques centrales participent à la lutte d’une part en continuant d’inonder le marché financier de liquidités, et en régulant le marché obligataire par leurs achats de titres de dette des gouvernements. La plupart des banques centrales ont cette pratique même en temps normal. Pour la BCE qui en théorie ne doit pas le faire, C. Lagarde a prévenu qu’elle ne se fixerait aucune limite dans les achats de titres d’un gouvernement particulier (jusqu’à maintenant la BCE s’interdisait de posséder plus de 30% de la dette d’un Etat). De la sorte un gouvernement peut s’endetter fortement sans risquer une attaque spéculative des marchés comme c’était arrivé pour la Grèce en 2010.

L’Angleterre va plus loin. Le 9 Avril la Banque Centrale d’Angleterre a indiqué qu’exceptionnellement, comme elle l’a déjà fait dans des circonstances graves, elle financera directement le gouvernement pour ses dépenses liées à la crise. Le découvert du gouvernement chez elle pourra croître jusqu’à un montant non divulgué. Il sera résorbé « avant la fin de l’année », sans doute par emprunts normaux.

Les dettes des Etats vont donc s’envoler. Quelles sont les limites d’un tel endettement ? Pour notre part nous avons souvent défendu l’idée qu’il n’y avait pas de limite à la dette d’un Etat s’il est correctement soutenu par sa banque centrale. Mais tout le monde n’est pas de cet avis, et il y a fort à parier que les vieux démons vont bientôt ressurgir. Le journal Le Monde a titré à la une Samedi 4 Avril « Les Etats entrent dans une ère de dettes colossales ». En page intérieure, un autre titre anxiogène apparaît : « Le monde va faire face à une montagne de dettes. ». L’article explique qu’à ce jour les plans annoncés atteignent 2,6% du PIB mondial, déjà largement plus important que le soutien lors de la crise de 2008 (1,7%). Et tout le monde est bien conscient que ce n’est que le début et que les dépenses seront vraiment énormes. Le scénario noir prévoit une récession de 15% et une dette qui pourrait atteindre 141% en France, 181% en Italie, 133% en Espagne.

L’Allemagne, fière de sa faible dette (61% du PIB environ), a ouvert les vannes pour les mêmes raisons que la France, mais a immédiatement prévu un plan de remboursement de ses dépenses « coronavirus ». Elle n’entend pas baisser la garde sur sa gestion austère, et malheureusement elle est suivie par un certain nombre de pays européens (13 pays de la zone Euro ont été en excédent en 2019). Il est donc quasiment certain que dès que le pic de la crise sera passé, il y aura de fortes pressions en Europe pour le remboursement des dettes et pour revenir dans le meilleur des cas aux limites de Maastricht élargies.

Une solution est une mutualisation des dépenses liées au coronavirus. On a ainsi parlé de « corona bonds », titres d’emprunts émis au niveau européen. L’Allemagne finira peut-être par les accepter, mais pour l’instant c’est « niet », et il est quasi-certain que si elle accepte elle exigera des Etats de prévoir le remboursement de cet emprunt. Il y a peu, les 27 ont convenu d’un plan de 540 milliards d’euros, montant impressionnant qui a été abondamment claironné. Mais il faut y mettre plusieurs bémols. D’abord, il y a peu d’argent frais dans ce montant. 200 milliards sont des prêts de la BEI aux entreprises, pour 25 milliards budgétés sous forme de garantie. 100 milliards pour le chômage partiel seront empruntés par la Commission avec un fonds doté de 25 milliards au départ, toujours budgété en garantie. Enfin il y a 240 milliards maximum qui pourront être mobilisés pour bénéficier aux États fragilisés et qui seront puisés dans le MES (fonds de stabilité, qui dispose de 410 milliards, cette fois-ci en argent frais). Sur ce dernier point (le renflouement de gouvernements), la bataille a été longue car certains (surtout les Pays-Bas) voulaient l’assortir d’obligations de réformes, comme lors de la crise grecque. Cette formule étant refusée par une majorité, un compromis finalement assez restrictif a été adopté, à savoir qu’un État bénéficiaire ne pourrait emprunter au MES plus de 2% de son PIB, ce qui est peu.

Tous ces bémols font craindre qu’on ne fasse la même erreur qu’en 2010. Une réduction trop précoce des déficits de la zone euro avait tué la reprise avant que celle-ci ne soit généralisée dans la zone.

En fait la vraie solution est dans les mains des banques centrales.

Observons que celles-ci possèdent dorénavant une bonne partie des dettes des Etats. La FED possède près de la moitié de la dette de son gouvernement et il en est de même au Japon. Pour la Banque d’Angleterre c’est plus faible, environ 25%. Pour la BCE il y a un flou car la dette est faiblement détenue à la fois par la Banque Centrale à Francfort et de manière plus importante par les Banques Centrales nationales, mais dans les statistiques, souvent anciennes, les banques centrales d’un pays sont incluses dans les autres banques du même pays.

Des données de fin 2019, compilées par « Alternatives Economiques » donnent une part d’environ 20% possédée par la BCE. Ceci est une moyenne pour la zone euro mais les variations entre pays sont faibles. Ceci dit, la BCE a indiqué dans ses différentes annonces qu’en 2020 elle injecterait 1100 milliards au total dans l’économie. D’après les spécialistes, il serait étonnant que la quantité rachetée de la dette des entreprises puisse excéder 100 milliards. Il en resterait donc environ 1.000 milliards pour les rachats de titres souverains, soit environ 8% du PIB de la zone. La dette globale représente environ avant la crise 85% du PIB de la zone.

Si par exemple les gouvernements doivent creuser leur déficit en 2020 jusqu’à 10% du PIB, ce qui serait énorme, ils devraient emprunter l’équivalent, et la dette passerait de 85% du PIB à 95%, avec les fortes disparités évoquées plus haut. Mais si la banque centrale achète une très grosse partie de la nouvelle dette voire même sa totalité ou plus, sa part de la dette va augmenter mécaniquement. Un calcul rapide montre qu’elle devrait alors posséder environ 25% de la dette de la zone euro.

Les banques centrales pourraient tout simplement annuler une partie des dettes des gouvernements qu’elles possèdent. Cela peut se faire comptablement de différentes manières, mais l’idée est que la banque centrale n’est aucunement forcée de demander le remboursement de cet emprunt lorsqu’elle en possède les titres.

Elle peut quand elle le souhaite le remplacer à l’actif de son bilan par un actif spécial, par exemple « Avance à l’Etat » comme on avait appelé ça du temps où la banque centrale créditait directement le Trésor. En fait il s’agit d’un emprunt perpétuel sans intérêt. Il ne générera donc plus jamais aucune dette ni créance Il restera au bilan de la banque centrale éternellement, ou jusqu’au moment où on imaginera un procédé comptable pour le faire disparaître(1) .

Si la BCE finissait par pérenniser sa fonction d’achats permanents de titres de dettes des Etats de la zone, comme c’est le cas pour les autres grandes banques centrales (USA, Japon), elle pourrait sans inconvénient annuler une partie de ces achats.

Dans l’immédiat, pour l’année 2020, les gouvernements pourront dépenser de grosses sommes sans que leur dette réelle n’augmente beaucoup puisque la BCE va en acheter au minimum une bonne partie…

Bien entendu, l’annulation des dettes exigerait ou bien une action unilatérale de la BCE, ou bien un accord unanime des 27 sur une telle entorse à la doctrine passée. Notons que la BCE est mieux armée que les gouvernements de ce point de vue. D’abord elle décide aux 2/3 des voix au lieu de l’unanimité pour le Conseil Européen, et en plus elle a un système de rotation des voix(2) , qui peut amener certains gouverneurs à être muets lors d’une décision importante. Il est arrivé à la BCE de prendre des décisions en passant outre l’opinion de certains gouverneurs, notamment celle du gouverneur de la BundesBank. Ceci est impossible au Conseil Européen.

Espérons donc que d’une manière ou d’une autre l’Etat obtienne la possibilité financière de jouer son rôle dans la sortie de la crise actuelle.



(1) Giscard d’Estaing avait exigé que le gouvernement rembourse ces « avances » passées. Il est vrai que leur montant était devenu assez minime en raison de la forte inflation d’alors. Il n’en serait pas de même aujourd’hui et il faudrait sans doute inventer autre chose.

(2) Les 5 plus grands pays votent 4 fois sur 5 et les 14 autres 11 fois sur 14.

L’indépendance des banques centrales en question



L’indépendance des banques centrales en question

 

La crise de 2008 a mis fin à 30 ans de règne incontesté des banques centrales indépendantes. Pendant la Grande Inflation des années 1970, la principale préoccupation économique des responsables était une inflation élevée et volatile. C’est alors que s’est répandue l’idée que la politique monétaire devait être axée exclusivement sur la maîtrise des prix, que la crédibilité de cette politique était essentielle pour qu’elle réussisse, et qu’elle serait mieux assurée par une banque centrale indépendante.

Paul Volker, patron de la Fed, banque centrale largement indépendante, monta les taux d’intérêt en 1981 à 20%, et vint à bout de l’inflation au prix d’une lourde récession, qui affecta non seulement les Etats-Unis mais le monde entier(1) . La leçon de cette période est que la banque centrale n’a réussi sa mission qu’avec des moyens très dommageables pour les populations concernées directement ou indirectement. Mais ce qui a été retenu par les analystes influents, c’est que la banque centrale indépendante pouvait vaincre l’inflation.

Par la suite et pendant plus de 20 ans se produisit ce qu’on a appelé « la Grande Modération », une variation faible de la croissance, de l’inflation et des taux d’intérêt. On a attribué cette situation à l’action de la Fed du début des années 1980. Plus largement, l’idée s’est répandue que l’indépendance des banques centrales était nécessaire pour réguler ainsi l’économie sans heurts et notamment sans inflation(2) .

Après la crise de 2008 les choses se sont compliquées. D’un côté les banques centrales sont apparues comme ayant, par leur prompte réaction, sauvé le monde d’une crise profonde(3) . D’un autre côté le paysage a changé et leurs repères habituels ont semblé s’évanouir.

Depuis 10 ans les banques centrales s’évertuent à sortir l’économie de la croissance anémique où elle est, sans grand succès. Les liquidités injectées en grande quantité par des taux très faibles et des salves successives de « quantitative easings » n’ont pas réussi à augmenter les crédits aux entreprises ou aux ménages.

D’autre part le retour de la croissance a bien fait baisser le chômage(4) , mais l’inflation n’est pas repartie comme le prétend la théorie de la « Courbe de Phillips ». Même si la croissance est faible, la figure ci-dessous montre que la corrélation entre croissance et inflation ne semble pas exister. Qui plus est en 2015 la déflation menace.

 

 

Enfin la montée des endettements des Etats après la crise n’a pas provoqué une hausse des taux d’intérêt, comme le prévoit la théorie néo-classique.

Ce manque de repères fait que les politiques des banques centrales sont moins assurées et donc moins lisibles. En Décembre 2015 la Fed a annoncé la fin des mesures « exceptionnelles » et une remontée progressive des taux. La BCE la suit fin 2018 et annonce des hausses de taux pour 2019. Mais l’optimisme général est freiné par les ralentissements chinois et allemands, par la guerre commerciale sino-américaine et par le recul des bourses. Le 30 Janvier 2019, la FED interrompt ses hausses de taux, et le 7 Mars, la BCE renonce aux hausses prévues.

Ce manque de réussite et même de repères identifiables incite à se poser des questions. D’où vient cette notion d’indépendance ? En fait cette idée est fondée du point de vue théorique sur une branche de l’économie néo-classique qui met en avant des croyances idéologiques très particulières. Il s‘agit du « Nouveau Consensus Monétaire(5) ».

On y affirme en particulier qu’ « une politique monétaire qui vise l’inflation apporte la meilleure contribution à la stabilisation de la production » et que « La politique monétaire ne devrait donc pas essayer de contrer les fluctuations en matière d’emploi et de production dues aux cycles économiques réels ». Autrement dit, la politique fiscale active ciblant la demande est nuisible, seule est souhaitable une politique de l’offre améliorant l’innovation et la compétitivité. La politique monétaire étant prééminente, et la seule action possible étant la lutte contre l’inflation, l’indépendance est alors la meilleure solution. A la fois la Banque est plus crédible car protégée des influences gouvernementales, et elle ne peut nuire à personne car les effets de sa mission sont limités.

Mais les événements ont grandement lézardé cette cohérence théorique. D’une part la politique monétaire des banques centrales semble inefficace, d’autre part leurs actions ne sont plus complètement neutres vis-à-vis de la société civile. Notamment leurs actions « non conventionnelles » posent de sérieuses questions sur la validité démocratique de leur action. En effet, ces actions d’injection de liquidités en grande quantité et sur de longues périodes ont de fait des effets de redistribution. Par exemple du crédit très bas pour les emprunteurs ou des liquidités envoyées vers les agents financiers et les banques peuvent paraître bénins s’ils sont appliqués sur des périodes courtes et dans le but de lutter contre l’inflation. Mais sur de longues périodes, sans but et sans résultat, on peut estimer que ces largesses favorisent les banques, les spéculateurs et les plus fortunés qui ont un portefeuille financier, et pas du tout l’ensemble de la nation. La hausse du prix des actifs favorise les riches pour les portefeuilles d’actions et pénalise les classes moyennes pour l’immobilier. Toutes ces mesures ne devraient donc pas être du ressort de banques centrales indépendantes, mais d’instances démocratiquement élues.

Il est probable que les problèmes que nous aurons à affronter à l’avenir ne seront plus, comme par le passé, des forces inflationnistes, mais plutôt la déflation, la montée des dettes publiques et privées, le sous-investissement chronique et le réchauffement climatique, sans parler de possibles crises financières. Tous ces problèmes appellent une coordination stratégique entre les politiques monétaires et budgétaires et non plus une indépendance des banques centrales

Si par exemple il était décidé qu’un « QE for the people » ou, autrement dit, de distribuer de la monnaie « par hélicoptère », comme disait M. Friedman, est le meilleur moyen de relancer l’économie, dans ce cas, on ne pourrait éviter de coordonner le gouvernement, qui peut distribuer avec une juste répartition, et la Banque Centrale, qui peut financer cette opération. Dans la zone euro un tel arrangement demanderait en plus de doter la BCE de règles spéciales de répartition.

Dit autrement, il est possible d’imaginer une organisation qui permette l’usage de la planche à billets en la protégeant des tentations gouvernementales de dépenses purement électoralistes.

En conclusion, les arguments pour au minimum fortement atténuer l’indépendance des banques centrales sont de plus en plus nombreux et de plus en plus forts.

 



[1] Certains pays (par exemple le Mexique) qui avaient emprunté à taux variable, ne pouvant plus faire face aux échéances, furent forcés par le FMI d’imposer une austérité sévère.

[2] Il n’est pas du tout certain que cette absence d’inflation soit due à l’action des banques centrales, car d’autres facteurs ont joué pendant cette période dans le sens d’une modération de l’inflation principalement le bas coût du pétrole et la mondialisation des échanges.

[3] En réalité, les banques centrales se sont adaptées au fur et à mesure du développement de la crise, en réussissant à satisfaire les besoins en liquidités des banques secondaires chaque fois que le marché interbancaire flanchait et ne parvenait plus à assurer cette fonction.

[4] Le chômage a baissé dans ses indicateurs officiels au moins, même si les taux d’activité n’ont pas toujours suivi (voir sur ce site « Où est passée l’inflation… » )

[5] Ce consensus a été décrit dans M. Goodfriend, « How the World Achieved Consensus on Monetary Policy » Jounal of Economic Perspectives, Automne 2007

Les aides sociales sont-elles trop élevées en France ?

 

Le 13 Juin, E. Macron a fait fuiter une confidence que lui-même aurait faite à ses conseillers la veille, et dont le texte s’est répandu comme une traînée de poudre : « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir ».

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E. Macron peut-il réussir sa politique ?

 

E. Macron a été élu sur un programme implicite ou explicite de réforme du marché du travail et des retraites, de respect des équilibres de Maastricht (avec réduction des effectifs de fonctionnaires) et de relance de l’Europe lui permettant d’obtenir certains retours bénéfiques. Tout ceci visant à développer l’économie suffisamment pour diminuer enfin le chômage et augmenter les revenus des français. Son programme prévoit une croissance de 1,6% par an de 2018 à 2020, puis 1,7 en 2021 et 1,8 en 2022.

On ne peut que souhaiter au président de réussir son pari, mais quelles sont les raisons objectives de croire à cette réussite ?

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Editorial : BCE et austérité dans l’affaire grecque

 

 

Alexis Tsipras ne cesse de le dire sur tous les tons : il ne peut pas accepter une continuation de la mécanique précédente, celle qui, coordonnée par la fameuse troïka, accorde une aide de l’Union Européenne en contrepartie des « efforts » de la population grecque, efforts qu’il faudrait plutôt appeler déflation des revenus et appauvrissement de la population. En agissant ainsi, le chef du gouvernement espère conjurer le pire, à savoir que les autorités européennes acculent les grecs à un choix impossible : la banqueroute ou la continuation du plan d’austérité. Il plaide pour une aide intérimaire donnant le temps de trouver ensemble avec ses partenaires européens une autre issue.

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L’économie de l’offre (suite)

 

Editorial : La politique de l’offre (suite).

Gabriel Galand (Septembre 2014)

 

L’exécutif français en remet une couche sur sa politique favorable aux entreprises. En effet Manuel Valls vient de former un gouvernement dont il s’est expressément assuré que tous ses membres approuveraient sans réserve la politique de soutien aux entreprises et de réduction des dépenses publiques. On croit comprendre que le Président approuve cette orientation (Lire la suite…)

Les 50 milliards de M.Valls ou le retour de l’économie de la ménagère.

 

Les partisans du plan d’économie, annoncé par M. Valls sous l’impulsion de F. Hollande, prennent comme acquis qu’un tel plan est absolument nécessaire, et le justifient par des  » évidences  » qui sont pour la plupart des comparaisons avec la comptabilité des ménages et des entreprises ou une complainte pour les générations futures. Un bon échantillon des arguments avancés est donné dans le journal Le Monde du 18 Avril. Nathalie Nougayrède, directrice du journal, se fend d’un éditorial au vitriol :  » Halte aux jeux de rôle débilitants  » qui présente donc les opposants comme des débiles mentaux. Quels sont donc ces arguments irréfutables ? Extrait :  » Tout le monde sait que la France vit au-dessus de ses moyens depuis quarante ans: depuis 1974, aucun budget n’a été voté ne serait-ce qu’à l’équilibre. Tout le monde sait que ces déficits annuels ont fini par accumuler une dette publique qui approche désormais les 2000 milliards d’euros, et que les intérêts de cette dette nous coutent, chaque année, quelque 45 milliards d’euros. Personne n’ignore que, dans une situation comparable, n’importe quel ménage ou entreprise aurait, depuis longtemps, mis la clef sous la porte. « 

Les économistes ne sont pas tous  » débiles « , et la plupart savent qu’il s’agit là d’ "Economie de la Ménagère", ainsi nommée par dérision parce ces théories ignorent qu’un Etat ne peut tout simplement pas être comparé à un ménage ni même à une entreprise. Le débat est un peu compliqué par l’existence de l’euro, mais si pour commencer nous considérons un état souverain, qui émet sa propre monnaie (par exemple les Etats-Unis), il ne peut jamais faire faillite, car il ne peut par définition manquer de sa propre monnaie. Certes son économie doit être suffisamment forte pour que le pays ne soit pas surclassé, et peut-être un jour dominé par d’autres pays, mais en tout cas il n’est nul besoin qu’un tel pays recherche l’équilibre de ses comptes publics. Qui plus est un tel équilibre est le plus souvent nuisible, car pour générer les nouveaux moyens de paiement nécessaires à la croissance des volumes et des prix, il faut que les groupes sociaux dans leur ensemble génèrent ces moyens de paiement par leur endettement, ou que le commerce extérieur excédentaire y pourvoie en finançant l’économie par des devises étrangères. Les ménages, sauf s’ils s’endettent exagérément, ce qui est à éviter comme nous l’avons constaté lors de la crise dite  » des subprimes « , sont plutôt épargnants. Dans un pays qui aurait un commerce extérieur à l’équilibre ou en déficit, l’Etat ou les entreprises ou les deux doivent donc s’endetter suffisamment pour impulser une croissance non nulle. Et de fait les Etats-Unis ont depuis la dernière guerre mondiale été toujours en déficit sauf pour de brèves périodes. Il en est de même pour d’autres grands pays (Japon, Grande-Bretagne, …). Le Japon et les USA ont ainsi accumulé des endettements plus élevés que les nôtres sans graves inconvénients pour eux.

Bref, un Etat a une fonction passive ou active de régulation de l’économie du pays, fonction que n’a évidemment pas un ménage, et, à cause de cette fonction, il dispose de moyens (impôts, emprunts, banque centrale) dont ne dispose pas le ménage ou l’entreprise. Par conséquent un discours tel que celui de Nathalie Nougayrède non seulement n’énonce pas d’évidences comme elle voudrait le faire croire, mais est fondamentalement erroné.

Le mythe du fardeau des générations futures est de même nature. Nos enfants ne rembourseront pas la dette publique plus que nous ne la remboursons, car cette dette augmente sans cesse comme le reste de l’économie, en fait elle n’est jamais remboursée. On pourrait aussi argumenter que nous transmettons sans doute un passif, mais aussi un actif, dans lequel il faudrait inclure non seulement les actifs matériels mais aussi immatériels (connaissances, éducation). Bref ici aussi le raisonnement est douteux.

Pourquoi l’analogie entre les gouvernements et les ménages a-t-elle la peau aussi dure ? Il peut y avoir 3 raisons, comme le rappelle R.Wright lors d’un interview .

– certains économistes de la vieille école ont été formés avec le système de l’étalon or ou du  » gold exchange standard « . Dans ce système, on peut admettre qu’il y a une contrainte financière et qu’un gouvernement pouvait manquer d’or ou de dollars. Mais depuis 1971 il n’y a plus de tel système.

– les gens qui n’ont pas de formation économique sont tout simplement trompés parce qu’ils ne voient pas la différence entre un gouvernement et un ménage. Les politiques utilisent cette analogie parce qu’elle marche, les gens la comprennent intuitivement très facilement bien qu’elle soit complètement fausse.

– il y a aussi des gens qui utilisent l’analogie tout en sachant qu’elle est fausse, mais pour pousser le peuple à faire ce qu’il ne voudrait pas faire autrement, par exemple faire des coupes dans les dépenses sociales. Cette raison a pris de l’importance dans les dernières années à cause de la volonté politique de réduction des déficits.

Ayant ainsi fait justice de ces tromperies dans un pays monétairement souverain, parlons maintenant des pays de la zone Euro. A juste titre on peut objecter qu’un tel pays n’est pas monétairement souverain, puisqu’il a délégué sa fonction d’émission monétaire à la BCE. Ceci dit, les emprunts au marché restent nationaux et donc techniquement un gouvernement national peut s’endetter sans limite, en estimant ainsi remplir sa fonction de régulation de l’économie.

C’est là qu’interviennent les marchés financiers, les investisseurs et spéculateurs, les agences de notation, etc. Ce système financier contraint les gouvernements à conserver une gestion  » présentable « , sous peine de ne plus pouvoir emprunter, et cette fois-ci faire faillite car ils ne peuvent plus faire appel à leur banque centrale, sauf si les partenaires de la zone décident de renflouer tout pays en difficulté. C’est ce qui s’est passé pour les pays du sud (Grèce, etc.). La contrainte des marchés est renforcée par des règlements communautaires qui visent à éviter de se trouver devoir renflouer un pays voisin.

Tout cet échafaudage de contraintes existe, on ne peut le nier, mais il ne faut pas se tromper de raisonnement. Ce n’est pas pour une saine gestion  » ménagère « , ni pour les générations futures, qu’il faut se serrer la ceinture. C’est parce que nous avons accepté la contrainte des marchés et celle de l’euro.

Tournons-nous maintenant vers l’économie pour savoir si malgré tout ce plan d’économie a un sens. Car la dette a un coût. Peut-être serait-il rentable de se restreindre pour diminuer le coût de cette dette à l’avenir ? De ce côté la théorie économique semblerait plutôt indiquer que non. Les expériences passées de récession et de déficits publics semblent plutôt indiquer qu’il ne faut pas diminuer le déficit public en phase de récession ou de stagnation. En effet, la résorption du déficit ne peut en dernier ressort venir que du redécollage de l’économie. A vouloir le résorber trop tôt non seulement on empêche l’économie de repartir, mais on ne réduit jamais le déficit autant qu’on l’aurait cru au départ, car la récession ou la stagnation réduisent les rentrées fiscales. Il faut donc accepter d’augmenter le déficit jusqu’à ce que l’économie soit vraiment ressortie de la récession.

Les Etats-Unis ont maintenu leurs déficits plus longtemps que les pays de la zone euro et sont donc sortis de récession plus tôt. Certes ce n’est pas le seul facteur qui a joué mais il a certainement joué.

Un autre argument du gouvernement est que ce plan d’économies va financer des baisses de charges pour les entreprises, par conséquent celles-ci pourront créer des emplois. Mais là où le bât blesse, c’est que si ce choc  » d’offre  » est annulé par un choc symétrique de demande (baisse des revenus), les entreprises n’auront pas les débouchés supplémentaires pour justifier les embauches espérées. Il y a fort à parier que les marges dégagées par les baisses de charges iront en priorité aux actionnaires ou à des investissements dans d’autres pays.

En conclusion ce plan d’économies a tout pour déplaire. Que faudrait-il faire ? Malheureusement rien ne peut se faire de sérieux en France dans les contraintes des traités européens et le corset des marchés mondialisés. F. Hollande a accepté les contraintes sans obtenir de contreparties sérieuses. L’urgence impose de passer à une autre vitesse et de reconquérir rapidement des marges de manœuvre.

Des marges de manœuvre financières : la gradation, c’est

– l’agence de financement publique, du style de la BPI (Banque Publique d’Investissement) mais avec statut bancaire et refinancement par la banque centrale. Cette action a été préconisée dans un
plan de relance par la FNH
(Fondation Nicolas Hulot).

– réquisition de la banque centrale (voir notre éditorial "Etat d’urgence ").

– sortie de l’euro.

Des marges de manœuvre commerciales : rétablir en droit nos barrières douanières et engager des négociations tous azimuts pour équilibrer nos échanges.

Des marges de manœuvre politiques : chercher des alliés dans les pays européens pour une autre organisation de l’euro et de l’Europe, par exemple la mise en place d’une monnaie commune (voir notre Fiche sur le sujet ).

Dans ces propositions on voit combien on est loin du braquet actuel du gouvernement, qui semble pédaler dans le vide. Pas étonnant que les français votent de moins en moins.

 

Editorial : Le socialisme de l’offre

Le président Hollande persiste et signe. Dans son discours du 31 Décembre lors de ses vœux pour la nouvelle année, il annonçait une évolution de sa doctrine économique que le journal « Le Monde » résumait par son titre « Mr Hollande défenseur d’un socialisme de l’offre ». Le 14 Janvier il a été encore plus clair. Défendant son « pacte de responsabilité » il a lancé comme pour se justifier « l’offre crée la demande ». (Lire la suite…)

Faîtes votre plan vous-même

 

Notre dernier éditorial s’intitulait « Etat d’urgence ». C’était en Avril dernier. Aujourd’hui la situation ne s’est pas améliorée. Le signal le plus connu, la statistique du chômage, continue de voler de records en records. Le gouvernement essaie de tenir sa promesse d’inverser la pente à coups d’emplois aidés. En Octobre le nombre de chômeurs de catégorie A a légèrement baissé, mais ceux de catégorie B et C (travailleurs pauvres) a augmenté, de sorte que le total augmente encore de 40.000 demandeurs d’emploi. (Lire la suite…)

Editorial: Etat d’urgence

 

La situation est grave. Le chômage explose, quels que soient les chiffres qu’on prend pour le mesurer. La catégorie la plus restrictive, la catégorie A (sans aucun emploi), a passé depuis plusieurs mois le cap des 3 millions de chômeurs métropolitains. Il suffit d’ajouter les DOM/TOM et les chômeurs à temps partiel ou en formation pour dépasser les 5 millions. Alternativement on peut aussi ajouter tous ceux qui, en fin de droits ou découragés avant, sont sortis du marché du travail. 5 millions, cela fait environ 17% de la population active. Chez les jeunes ce taux dépasse 30%(1). Et les prévisions sur ce front restent sombres. L’OCDE prévoit une continuation de la hausse au moins jusqu’à la fin de l’année. (Lire la suite…)