Casse-tête chinois pour les groupes automobiles

Le marché chinois de l’automobile a cru de manière insolente jusqu’à 2017. Premier retournement en 2018 (-2,8%). En 2019 la crise s’aggrave (- 12,4% au premier semestre). Certains la subissent encore plus, par exemple PSA-Peugeot-Citroen (-62%) ou Ford (-27%). L’entreprise française envisage de supprimer la moitié de ses effectifs en Chine alors qu’en 2014 le groupe comptait sur la Chine pour redresser sa situation.

La raison de la crise est une décélération de l’économie, la fin des subventions et des normes environnementales plus sévères, d’où une concurrence accrue. Suzuki a quitté le pays en 2018 et les coréens Kia et Hyundai ferment des usines.

Partir ou rester ? Telle est la question du jour …

Source : Le Monde Economie & Entreprises, 11-12 Août 2019

Plus de confiance mais pas de croissance

Les mesures prises par le gouvernement en décembre 2018 en réponse à la crise des « gilets jaunes », qui étaient en fait une relance keynésienne par déficit accru pour financer des revenus supplémentaires (prime d’activité, primes exceptionnelles des entreprises, …), se sont bien traduites par des hausses de pouvoir d’achat. L’acquis de croissance annuelle de ce pouvoir d’achat est de 2,3% en 2019.

Malheureusement, ce pouvoir d’achat supplémentaire a été épargné, car on ne constate qu’une faible hausse de la consommation (+0,9%). Probablement les ménages comme les entreprises restent inquiets (caractère peut-être non pérenne des suppléments de revenus, conjoncture internationale dégradée, …). Il y a, comme disent les spécialistes, des « réserves de croissance ».

Source : Elise Barthet « En France, plus de confiance, moins de croissance », Le Monde Economie & Entreprises Mercredi 31 Juillet.

N.D.L.R. : A moins que le gouvernement ne « pompe » ces réserves de liquidités par les mesures qu’il se prépare à prendre pour ramener son budget sous la barre des 3% (par exemple la diminution des droits de chômeurs, qui est entrée en vigueur ces jours-ci).

L’industrie allemande freine

Après une décennie à plein régime, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Licenciements massifs chez Deutsche Bank et BASF, résultats en baisse chez Daimler-Benz et BMW, grèves et mauvais résultats à Lufthansa. Sans parler de statistiques décevantes (baisse des commandes industrielles). L’entrée en récession n’est pas exclue.

Très exportatrice, la première économie européenne subit les tensions protectionnistes, notamment le ralentissement chinois. Egalement, le secteur de l’automobile est pris en tenaille entre le ralentissement de la demande étrangère et la transformation technique et sociétale de l’automobile sous l’effet des nouveaux usages, des ruptures technologiques et de l’urgence environnementale.

Le doute s’installe et des craintes apparaissent sur l’emploi. 3,8% des entreprises industrielles ont déjà recours au chômage partiel et cela pourrait augmenter rapidement.

Le directeur de l’institut économique DIW demande « un programme intelligent d’investissements publics » pour se prémunir contre une dégradation supplémentaire.

Source : Jean-Michel Hauteville « Ralentissement et inquiétude en Allemagne », Le Monde Economie & Entreprises, 16 Juillet 2019

Ombres sur l’économie mondiale

Les analystes et observateurs sont inquiets. En effet, les bourses sont euphoriques mais la croissance mondiale ralentit. On s’attend à 2,7% de croissance en 2019 et 2020 (3,1 en 2018). Aux Etats-Unis, les entreprises réduisent les investissements sur fond de tensions commerciales. En Europe, les investissements stagnent en Grande-Bretagne, l’Italie est en panne de croissance, et l’Allemagne subit le choc des nouvelles réglementations automobile. En Chine, les exportations ont baissé de 10% sur le début de 2019 en raison de l’affrontement commercial avec les Etats-Unis..

D’où vient alors le climat euphorique ? Beaucoup estiment que des bulles spéculatives se développent, et que ce sont les banques centrales qui ont prolongé le « rallye » par des taux bas et des injections de liquidités. La FED a un peu ralenti, mais les opérateurs espèrent qu’elle va de nouveau baisser ses taux. La BCE, qui n’a toujours pas son taux d’inflation à 2%, annonce qu’elle va redevenir « flexible » si nécessaire. Partout les taux bas ou très bas encouragent l’endettement. Celui-ci a mondialement augmenté de 50% depuis 10 ans. L’ensemble des dettes publiques et privées représente 234% du PIB mondial, contre 208% en 2008. Dans la recherche de rendements, les investisseurs ont beaucoup développé les « prêts à effet de levier » accordés à des entreprises très endettées. Ces « leveraged loans » sont des prêts risqués. Ils ont aussi donné lieu à de la titrisation.

Les banques seraient moins exposées qu’en 2008 à ces prêts risqués, dit-on. Néanmoins leur volume ne cesse de croître. Il est d’environ 1100 milliards de dollars en 2018 (le volume des subprimes en 2008 était de 1300 milliards de dollars).

Dans ces climats incertains (« paradoxe de la tranquillité », théorisé par H. Minsky) il peut suffire d’un choc sur la croissance ou les taux pour que tous les problèmes se révèlent.

Source : E. Barthet et V. Chocron « Bourse, croissance : le calme avant la tempête » Le Monde 8 Juillet 2019

Réforme de l’Unédic : impact sous-estimé ?

Bien qu’on attende encore le décret d’application, la plupart des observateurs pensent que le nombre de chômeurs touchés par la réforme sera beaucoup plus important que le chiffre avancé par le gouvernement (600 à 700.000).

Pour l’Unédic, le seul changement du mode de calcul de l’allocation (basée sur le salaire moyen au lieu du dernier salaire) pourrait impacter plus de 1.200.000 personnes. Il y a aussi la hausse du critère d’éligibilité (6 mois de travail sur 24 mois au lieu de 4 mois sur 28 mois), la hausse du délai de carence pour recharger ses droits en cas de retour à l’emploi (6 mois au lieu de 1), et la dégressivité dans le temps des allocations au-delà de 4500 euros bruts.

Source : Bertrand Bissuel « Réforme de l’Unédic : un impact sous-estimé ? » Le Monde 6 Juillet 2019.

Mobilité sociale faible pendant la période 2011-2015

Cette période, qui correspond à peu près au quinquennat Hollande (2012-2017), a fait l’objet d’une étude de 4 économistes. Il en ressort que non seulement l’échelle des revenus n’a pas changé beaucoup, mais de plus la mobilité entre les tranches est faible. Un individu qui est dans la tranche la plus basse en 2011 a 60% de chances d’y rester en 2015, et très peu de chances de monter au-dessus de la deuxième tranche. De même un individu dans la tranche des 10% les plus élevés a 77% de chances d’y être en 2015.

Une autre manière de procéder est de comparer la position en 2011 et celle en 2015 et de faire des moyennes selon divers axes. Par exemple on s’aperçoit que les régions où il y a le moins de mobilité est celle où le vote pour le Rassemblement National est le plus fort.

Source: P.Aghion, V. Ciornohuz, M.Gravouelle, S. Stantcheva « Entre 2011 et 2015, l’échelle des revenus des Français est restée figée » le Monde Idées 30 Juin-1er Juillet

Miracle économique américain ?

Donald Trump peut être satisfait. Après une croissance en 2018 de 2,9%, l’économie américaine a cru de 3,2% au 1er trimestre 2019 en rythme annuel.

Le taux de chômage s’établit en Avril à 3 ,6%, son plus bas niveau depuis 1969. Le salaire moyen progresse de 3,2% par an. Le tout sans surchauffe. L’inflation est retombée en mars à 1,6%.

D’où vient la croissance ? On peut penser qu’elle est due en partie à la croissance du déficit budgétaire, qui en 2018 a crû de 17%, soit 113 Milliards de dollars, ou encore 0,6% du PIB. De plus les taux d’intérêt sont restés bas, même si la FED les a remontés de 0 à 2,25%.

Il faut reconnaître que l’économie américaine crée beaucoup d’emplois : plus de 200.000 par mois depuis 9 ans ! L’emploi total s’établit ainsi à 156 millions, soit 10 millions de plus que le niveau d’avant la crise, il y a 10 ans.

Maintenant il faut tempérer un peu les chiffres de l’emploi et du chômage. Nous avons indiqué il y a quelques mois dans un article pourquoi il fallait se méfier des taux de chômage, notamment des chiffres américains (« Où est passée l’inflation ? Pourquoi il faut changer la mesure du chômage »). Un calcul du taux de chômage américain en rajoutant les temps partiels subis et les exclus du marché arrive à 7,3%.

L’emploi américain s’est « ubérisé » et le temps partiel s’est étendu. De plus de nombreux américains sont après la crise de 2008 sortis du marché du travail, et ils y reviennent progressivement. Le taux d’emploi des 25-54 ans, qui était d’environ 84% avant les années 2000, était descendu à 80,5% en 2015, avant de remonter à 82%. Cela met les USA entre la France et l’Allemagne, ce qui remet les choses en place.

Source : Arnaud Leparmentier « Les Etats-Unis au plein emploi » Le Monde Dimanche 5- Lundi 6 Mai 2019

L’Allemagne doute

L’inquiétude économique a fait son retour en Allemagne.

Les prévisions de croissance pour 2019 ont été plusieurs fois revues à la baisse. En Octobre, on prévoyait 1,8% ; en Janvier 2019, 1% ; en Avril, 0,5%. Les chiffres du moral des chefs d’entreprises est également en baisse.

Cette dégradation économique coïncide avec la retraite annoncée de Mme Merkel, qui a personnifié une éclatante prospérité du pays (9 ans de croissance ininterrompue).

Il y a dans les milieux économiques une angoisse du déclin de la machine à produire allemande et de ses spécialités : automobile, machine-outil, chimie. Des opinions divergentes sont apparues pour la première fois depuis longtemps, et des dogmes fondamentaux sont remis en cause.

– l’équilibre budgétaire était une réforme emblématique de la chancelière, elle l’a fait inscrire dans la Loi Fondamentale. Or des économistes influents proches du patronat ont émis l’opinion qu’en période de taux très bas, il est absurde de ne pas s’endetter pour investir dans l’éducation et dans des domaines industriels d’avenir.

– le non interventionnisme de l’Etat, soutenu depuis longtemps par les entreprises moyennes, est contesté par les grands groupes. Le ministre de l’Economie P. Altmaier a jeté un pavé dans la marre en présentant un plan pour une « stratégie industrielle nationale » à l’horizon 2030, son souci étant de soutenir des champions nationaux de taille suffisante face aux concurrences chinoises et américaines.

Dans la société civile on commence aussi à douter des vertus du marché, car les prix des loyers traditionnellement bas en Allemagne, ont fortement augmenté ces dernières années.

Dans un monde économique qui change aussi (l’Amérique qui entretient un climat de guerre commerciale et l’Europe qui se délite), les allemands ne se sentent plus invulnérables.

Source : Cécile Boutelet et Thomas Wieder « En Allemagne, le retour de la question sociale » Le Monde 26 Avril 2019

L’endettement des français s’envole

Au 3ème trimestre 2018, l’endettement du secteur privé non financier a atteint 133% du PIB (59% pour les ménages et 74% pour les entreprises). Il était de 99% en 2007.

Le gouvernement s’inquiète et demande aux banques de renforcer leurs fonds propres (+0,25% d’ici la fin de l’année).

Source : Le Monde Economie & Entreprise 20 Mars 2019

Le déficit commercial des USA plus élevé que jamais.

Le 6 Mars, pas de tweet du président Trump. C’est qu’il devait digérer une bien mauvaise nouvelle. Malgré tous ses efforts, le déficit extérieur 2018 des USA, dont il a fait un marqueur de sa politique, a battu un record dans le mauvais sens.

Il est à 621 milliards de dollars, le plus élevé depuis 10 ans. Hors services, il s’élève à 891,3 milliards de dollars, record absolu.

La cause principale est la relance fiscale, qui a dopé la consommation et les importations.

Un autre record a été battu, celui du déficit commercial bilatéral avec la Chine, à 419 milliards de dollars. Les américains n’ont pas cessé d’acheter des produits chinois, alors que la Chine, pour riposter aux menaces américaines, a taxé des produits américains et a trouvé d’autres fournisseurs, notamment pour le soja.

Source : Le Monde Economie & Entreprises 8 Mars 2019