L’intérim, indicateur avancé ?

L’intérim s’est effondré à la fin du mois de Mars, dès le début du confinement. -17% à la fin mars par rapport à la fin de 2019. L’indicateur du chômage BIT a quant à lui, reculé à 7,8%, mais cela tient aux définitions du BIT, les travailleurs devant être disponibles immédiatement pour être considéré chômeur. Or un travailleur confiné (sans travail ou en chômage partiel) n’est pas disponible.

Cette bonne nouvelle en trompe-l’œil est donc corrigée par les statistiques de Pôle-Emploi. A fin Avril, le nombre de demandeurs d’emplois sans aucune activité (Cat. A) s’est envolé : + 7,1%. Le marché de l’emploi se dégrade donc rapidement, principalement chez les jeunes, les personnes en contrat précaire, les ouvriers et les employés. Ceci bien que 12,4 millions de travailleurs bénéficient du « chômage partiel ».

Les experts redoutent qu’à moyen terme une vague de faillite emportent les entreprises qui étaient déjà fragiles avant la crise.

C’est dire que la politique de soutien à la relance sera très importante.

Source : Le Monde 15 Mai 2020

La BCE attaquée par les juges allemands

Dans un jugement rendu public Mardi 5 Mai, la Cour Constitutionnelle allemande de Karlsruhe exige de la Banque Centrale Européenne qu’elle justifie son programme d’achat de dettes (« quantitative easing ») lancé par Mario Draghi en 2015. Les juges donnent 3 mois à la BCE pour s’expliquer, faute de quoi ils ordonnent à la Bundesbank de cesser de participer au programme actuel de rachat de dettes (celui lancé par C. Lagarde pour répondre à la crise actuelle).

Techniquement cette menace n’en est pas une car la BCE n’a pas besoin de la Bundesbank pour acheter des titres de dette sur le marché, même des titres allemands .

Mais dans le principe l’attaque est inquiétante car elle apparaît comme une décision des juges allemands de s’autosaisir de compétences qui sont en fait européennes. Si nécessaire, ce sont les juges de la CJUE, la Cour de Justice de l’Union Européenne qui auraient dû avoir à juger de la légalité des actions de la BCE, a priori indépendante vis-à-vis de tout organisme national.

Il s’agit donc en fait d’une bataille entre juges, mais cette affaire fragilise les institutions européennes à un moment où elles sont mises à rude épreuve par les effets de la pandémie et par les forces nationalistes dans certains pays de l’Union.

Source : Le Monde des 7 et 8 Mai 2020

N.D.L.R. : La bonne solution serait plutôt une modification des traités européens pour que la BCE soit une bonne fois pour toutes libre d’acheter des titres comme elle l’entend, au moins sur le marché secondaire, comme le peuvent toutes les grandes Banques Centrales (USA, Japon, Grande-Bretagne). Mais pour l’instant espérer un tel traité à l’unanimité est du domaine du rêve.

Plan de 2000 milliards aux USA

Accord dans la nuit du 25 Mars sur un plan de sauvetage de l’économie américaine, dont des pans entiers sont mis à l’arrêt par l’extension de l’épidémie.

Ce plan est relativement énorme : 2000 milliards de dollars soit environ 10% du PIB. Il a plusieurs volets.

– Un versement direct aux ménages américains : 1200 dollars par adulte gagnant moins de 75000 dollars, et 500 dollars par enfant. Il sera appliqué dans les 3 semaines.

– Une indemnisation fédérale du chômage pendant 4 mois (600 dollars). Ceci s’ajoute à une aide des Etats de 250 à 550 dollars par semaine pendant 3 à 7 mois.

– Une aide aux PME, non remboursable si elle paie des salaires, des loyers ou des échéances de prêts ou encore des factures d’eau ou d’électricité.

– Une aide aux grandes entreprises (500 milliards de prêts). Les démocrates ont exigé un contrôle de l’utilisation des prêts. Cette enveloppe inclut des aides aux secteurs stratégiques comme Boeing et General Electric, les aéroports et les compagnies aériennes. Les bénéficiaires de ces aides ne pourront plus faire de rachats d’actions ni octroyer des bonus aux dirigeants.

– Cent milliards seront consacrés aux hôpitaux et aux entreprises de soins, et 150 milliards à des villes en difficulté.

Source : A. Leparmentier « Le Congrès américain valide le plan de relance» , le Monde 26/03/2020

N.D.L.R. : Notons le versement direct aux ménages, méthode peu utilisée, et aussi le fait que ce versement direct s’adresse à la demande, alors que les gouvernements nous avaient plutôt habitués à cajoler l’offre. Notons aussi un « biais » vers le peuple et contraire aux grandes entreprises. Ce sont les démocrates qui ont pu imposer cette tendance.

Déficit énorme à Berlin

Le gouvernement allemand vient de soumettre au Bundestag un plan de soutien à l’économie qui doit être voté aujourd’hui. Ce plan est à la fois remarquable par son volume, sans équivalent dans l’existence de la République Fédérale, et par la vitesse avec laquelle le gouvernement l’a décidé, qui est inouïe.

Il est de 156 milliards d’euros, soit 123 milliards de supplément de dépense et 33,5 milliards de recettes fiscales en moins. On relève dans le projet :

– Des aides directes aux indépendants et aux très petites entreprises, pour 50 milliards, cela concerne 4 millions de personnes ;

– Soutien des locataires et propriétaires immobiliers ;

– Crédits illimités aux entreprises auprès de la Banque Publique d’Investissement KfW, le gouvernement s’apprêtant à doubler sa garantie à cette banque (pour commencer) ;

– Création d’un « Fonds de Stabilisation de l’Economie » doté de 600 milliards d’euros, à fin de de fournir des garanties publiques aux emprunts des grandes entreprises et à prendre des participations dans des groupes en difficulté.

Ce plan n’a suscité aucune opposition dans le pays. Malgré l’énormité des chiffres on n’est pas sûr qu’il suffise si la crise dure plusieurs mois.

Source : C . Boutelet « L’Allemagne boucle le plus gros plan de sauvetage de son histoire », Le Monde 25/03/2020

L’Allemagne en récession

On pense outre-rhin que l’Allemagne n’échappera pas à la récession. Mais son ampleur n’est pas prévisible, et dépendra de la durée de la crise. La fourchette des experts est très large. Si la reprise est au mois de Mai et soutenue vigoureusement la chute pourrait être limitée à -1,5%. Mais si la reprise n’est que progressive dans le courant du second semestre la récession serait de –5% à -9%.

Les tabous commencent à tomber. Le président de l’Ifo (Institut sur le moral des affaires) habituellement très critique sur toute opération étatique, n’écarte pas l’idée d’un fonds de participation des Etats au capital des entreprises.

Et pour financer les mesures d’urgence, le gouvernement pourrait déroger pour la première fois à la règle d’or du zéro déficit.

Source : C. Boutelet « L’économie allemande pourrait chuter jusqu’à 9% » Le Monde 21/03/2020

Le nouveau « QE » de la BCE

Après la FED, la BCE a annoncé Jeudi 12 Mars un plan d’injection de liquidités par achat de titres de 750 milliards d’euros d’ici la fin de 2020, ce qui est du même ordre de grandeur que les montants mensuels injectés par Mario Draghi en 2016 (60 milliards d’euros par mois).

L’enjeu est une fois de plus de sauver la zone euro. L’Italie était en première ligne avec des taux d’intérêt en hausse, qui atteignaient 3% et menaçaient de s’envoler, au moment où elle va devoir emprunter pour relancer son économie sinistrée par le coronavirus !

La BCE frappe fort car il faut ajouter au montant ci-dessus les 120 milliards annoncés la semaine d’avant et les 20 milliards par mois légués par Mario Draghi et qui courent encore. La BCE a aussi indiqué ne plus tenir compte de la limite auparavant appliquée de ne pas posséder plus de 33% de la dette d’un pays.

Cette opération aura certainement un effet politique, celui de rassurer les marchés. En effet, dès l’annonce les bourses ont remonté, car les achats de titre vont fournir encore plus de liquidités aux investisseurs et les prix des titres des états vont remonter. Les taux d’intérêt vont baisser. Dès le lendemain de l’annonce, les taux italiens sont retombés à 1,5%.

Mais en ce qui concerne l’effet sur l’économie réelle, nous avons examiné ce problème il y a quelques années pour le précédent QE de la BCE et avions conclu qu’il ne pouvait avoir d’effet en lui-même si les gouvernements ne profitaient pas des taux bas pour relancer l’économie en s’endettant. Christine Lagarde est consciente du problème, qui a maintes fois exhorté l’Allemagne à être moins bloquée sur ce sujet. Peut-être la situation catastrophique dans ce pays comme dans d’autres pays européens feront enfin bouger les esprits.

Source : Eric Albert « Plan d’urgence de la BCE pour rassurer les marchés », Le Monde 20/03/2020 et Gabriel Galand « Pourquoi le QE de la BCE ne marche pas » , Site Chômage-et-Monnaie, 17/01/2016

Le marché des Bons du Trésor américains dérape

Au milieu de la semaine dernière, tous les yeux étaient fixés sur le cours des actions, qui a fait un plongeon historique. Mais on n’a guère remarqué que le marché des bons du trésor a eu aussi de sérieux hoquets.

Mercredi après-midi, des opérateurs à Wall-Street ont signalé qu’ils n’arrivaient pas à vendre des bons du Trésor à un prix « raisonnable ». Ce qui s’est passé semble être le scénario suivant :

Un krach boursier entraîne une demande accrue d’actifs sûrs, donc de bons du Trésor du gouvernement des USA. Les volumes échangés sont importants. Normalement dans une telle situation, la demande de bons du Trésor augmente et leur prix également. Mais ce jour-là, il s’est passé l’inverse, les opérateurs ont commencé à vendre non seulement leurs actions, mais aussi beaucoup de bons du Trésor, jugeant sans doute que l’actif « le plus sûr » ne l’était pas suffisamment. Dans ce cas le prix des bons baisse fortement.

Les banques ne pouvant plus vendre leurs bons à un prix suffisant, renoncent à les vendre. D’autre part elles n’en achètent plus car elles ont peur de ne pouvoir pas plus les vendre. Dans cette situation le marché s’assèche, mais les banques ne peuvent plus satisfaire leurs besoin de trésorerie à court terme, qu’elles comblent justement, en général, en vendant des bons du trésor.

La Banque Fédérale est donc intervenue Mercredi, injectant 1,5 milliards de dollars, pour accroître fortement le volume et la durée des prêts à court terme aux banques partenaires.

Elle est encore intervenue le lendemain Jeudi pour calmer de nouveaux soubresauts

Source : J. Smialek & M. Phillips « Troubles Percolate in the Plumbing of Wall-Street », The New-York Times, 12/03/2020

La zone euro à la diète

La zone euro commence 2020, encore sous la contrainte budgétaire. Pourtant, la croissance faible (environ 1%) et le taux d’intérêt bas (de -0,2% pour l’Allemagne à 1,4% pour la Grèce, des taux de rêve), pousseraient à faire une relance budgétaire.

Que nenni, les 19 pays de la monnaie unique vont émettre en 2020 le plus faible montant d’obligations depuis 2008. Il y aura un très faible stimulus budgétaire (-0,2% du PIB). Cette politique fait l’unanimité des économistes contre elle.

Les 2 pays qui ont de fortes marges ont commencé à bouger timidement. L’Allemagne a annoncé un plan d’investissement ferroviaire de 86 milliards d’euros, sur 10 ans ! Pour 2020 ce sera 0,5% du PIB. Les Pays-Bas ont aussi décidé une modeste relance, 0,9% du PIB. Nous sommes loin des efforts faits ailleurs. Aux USA, le déficit tourne autour de 7%. En Grande Bretagne, Boris Johnson se prépare à présenter en mars un plan de relance qui mettra fin à une décennie d’austérité.

Mais en zone Euro rien n’indique une volonté de sortie de la neutralité budgétaire. Même le « Plan Vert » de la Commission, qui pourrait faire bouger l’Allemagne, et qui d’après cette Commission doit mobiliser plus de 1000 milliards d’euros sur 10 ans ne constitue pas un plan de relance car la plupart des dépenses sont des réorientations de crédits déjà prévus et non de l’argent frais.

Source : Le Monde Economie & Entreprise 21/01/2019

N.D.L.R. : C’est à désespérer !

Embellie pour l’emploi en 2019

Le taux de chômage a reculé en 2019, à 8,5% en milieu d’année. Ceci est dû à une croissance de l’emploi exceptionnelle, avec 260.000 emplois nouveaux.

D’où viennent ces emplois ? Il semble que 30000 ont été créés grâce à la transformation du CICE en baisses de charges sociales.

12000 emplois ont été créés dans l’industrie (première variation positive depuis une quinzaine d’années), 41000 dans le bâtiment (élections municipales et Grand Paris), 168000 dans les services marchands. Il y a eu aussi 14000 emplois aidés.

On note que 87% des nouvelles embauches sont en CDD. De ce fait le pourcentage de CDD dans l’emploi total monte progressivement (12,3% en 2017).

Toutes les catégories profitent des nouveaux emplois (sauf les seniors, légèrement négatifs). On note aussi des retours sur le marché de travailleurs qui avaient renoncé à travailler, notamment pour les seniors et les femmes, dont le taux d’emploi devrait augmenter.

Cette embellie est due avant tout à la croissance de l’économie, qui sera de 1,3% en 2019.

Source : Béatrice Madeline « En 2019, l’emploi a connu une belle embellie », Le Monde Economie & Entreprise, 27 Décembre 2019

N.D.L.R. : On peut se demander d’où vient cette croissance de l’économie, alors que les autres grands pays de la zone euro sont à la peine (Allemagne 0,5%, Italie 0,2%). La cause de la croissance ne serait-elle pas tout simplement keynésienne ? A la suite de la crise des gilets jaunes, le gouvernement a pris des mesures fiscales non prévues, pour un montant estimé entre 10 et 12 milliards d’euros, soit 0,4 à 0,5% du PIB. Si cette « relance » crée de l’emploi, il peut y avoir un effet « multiplicateur » qui pourrait expliquer au moins une partie de cette croissance supplémentaire. Reste à voir ce qu’il restera de cette manne en 2020. Si le gouvernement veut malgré tout tenir son budget « dans les clous », il est clair que la France rentrera dans le rang pour l’emploi aussi.

L’action des fonds d’investissement

Les fonds d’investissements commencent à soulever les critiques outre-Atlantique. Les très bas taux du marché obligataire poussent les investisseurs à chercher des taux plus élevés sur des opérations de plus en plus risquées. En 2018, selon une étude d’une association américaine, le marché de la dette à effet de levier (LBO des fonds d’investissement ou emprunt direct d’une entreprise) a atteint 3000 milliards de dollars, soit près de 3 fois le montant des célèbres subprimes de 2018. Or par définition, pour qu’un tel emprunt soit viable, il faut que la rentabilité de l’entreprise financée soit supérieure au taux d’intérêt à payer aux prêteurs. Bien que les réglementations se soient améliorées, une baisse conjoncturelle des revenus des entreprises pourrait rendre difficiles les remboursements et mettre certaines en difficulté.

Source : Le Monde Economie & Entreprise 18/10/2019