Le débat sur la relance

L’Allemagne a déjà annoncé un plan d’investissements de 50 milliards d’euros. Le gouvernement français, lui, procède par annonces échelonnées. Officiellement c’est pour pouvoir, dans un environnement changeant, aider au bon moment les secteurs qui peinent à redémarrer. Des aides ont déjà été annoncées dans l’automobile (aides à l’achat et investissements ciblés, 2 milliards), l’aérien, (800 millions d’aides en fonds propres et 1,5 milliards d’investissements pour les avions de demain), le tourisme. Les chiffres cités ne comprennent pas les mesures communes de soutien : chômage partiel, prêts, reports d’échéances, etc…

La plus grande part de ces aides sont des aides aux entreprises. De même, les prochaines mesures envisagées sont des aides à l’emploi des jeunes (primes à l’embauche et exonérations de charges).

Le CAE (Conseil d’Analyse Economique) devait publier Vendredi 10 une note préconisant 48 milliards de mesures pour « réorienter la croissance à court terme », avec la précision que « Le gouvernement doit assumer de mener à la fois une politique d’offre et de demande. » Il suggérait notamment de doubler l’allocation de rentrée scolaire pour beaucoup de ménages et de lancer un plan d’investissement dans la transition écologique, dans l’enseignement, la recherche et la santé.

Mais l’ADN du gouvernement est clairement du côté de l’offre, dans la droite ligne du début du quinquennat.

Le débat ne fait que commencer.

Source : A. Tonnelier « Le gouvernement au défi de la relance », Le Monde 11 Juillet 2020

Renouveau de la monnaie « Banque Centrale » ?

Aujourd’hui la monnaie créée par la banque centrale, c’est-à-dire les billets et les pièces, pèse peu dans le montant de monnaie échangé dans l’économie. En Europe c’est difficile à mesurer car c’est très variable suivant les pays, et on a surtout des statistiques globales pour la zone euro. Mais on peut dire que c’est de l’ordre de 10%. Le reste est d’origine privée (banques commerciales). Cette proportion est-elle normale ?

Toutes les grandes banques centrales s’intéressent au problème. Leurs réflexion se sont accélérées depuis l’arrivée du projet Libra de Facebook et la crise du Covid19, qui accentuent tous deux la désaffection pour les paiements en cash traditionnels. Si on laisse faire, et si les citoyens délaissent les billets des banques centrales, ils n’auront plus le choix qu’entre des moyens de paiement privés.

L’enjeu est donc que le grand public reste en mesure d’utiliser « de la monnaie banque centrale ».

La BRI (Banque des Règlements Internationaux) est motrice sur le sujet et favorise une coopération internationale. Deux pays sont déjà passé aux travaux pratiques. La Suède teste actuellement sa e-couronne, et la Chine son yuan numérique.

A quand un e-euro et une distribution aux citoyens par les banques centrales (monnaie hélicoptère) ?

Source : V. Chocron « Les banques centrales accélèrent dans la monnaie numérique », Le Monde 25 Juin 2020

L’UE, la Chine et les autres …

L’attitude des dirigeants de l’UE vis-à-vis de la Chine est en train de changer, et la crise liée au Covid-19 a précipité l’évolution. Ces dirigeants pensaient avoir à Pékin des alliés dans la défense du multilatéralisme, mais ils ont fini par comprendre que le multilatéralisme, vu par la Chine, servait surtout les intérêts chinois, et que sur les droits de l’homme les chinois n’en faisaient qu’à leur tête, que ce soit sur la « rééducation » des ouïgours ou le statut de Hong-Kong.

Ceci dit, l’UE a besoin de la Chine face aux USA en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique et aussi sur l’allégement de la dette des pays africains.

L’idée est donc de tenir tête aux ambitions de Pékin, sans tomber dans une confrontation comme celle entre la Chine et les USA.

La première priorité semble être de diminuer la dépendance de la Chine en ce qui concerne les produits médicaux, et de filtrer plus attentivement les investissements étrangers.

Plus précisément, la réciprocité serait appliquée aux investissements étrangers lorsque des entreprises étrangères bénéficient de subsides ou d’avantages fiscaux de leur pays d’origine. Pour corriger ces distorsions de concurrence, l’UE pourrait infliger des amendes, imposer de céder d’autres activités, ou même exclure les entreprises des appels d’offre pour les marchés publics, voire même interdire une acquisition pour des raisons stratégiques..

Concernant le commerce des biens, Bruxelles peut déjà taxer des fournisseurs convaincus de dumping, mais souhaiterait de plus pouvoir instaurer une taxe aux frontières en fonction de l’empreinte carbone des produits. Cela lui donnerait plus de pouvoir de régulation aux frontières, et pourrait constituer une recette pour rembourser les emprunts communautaires. Mais ceci passe d’abord par un ajustement à l’intérieur de l’UE, car certains pays (par ex. la Pologne) sont très pollueurs …

Source : V. Malingre « Concurrence : l’Europe se veut moins « naïve » » et S. Kauffmann « La Chine, l’Europe et la doctrine Sinatra » Le Monde 18 Juin 2020

Future explosion des faillites en France

Selon la COFACE, le nombre de faillites en France devrait croître de 21% en 2020, et concerner 200.000 emplois. Ceci ne se voit pas actuellement car au 3ème trimestre des délais ont été donnés aux entreprises pour entreprendre les démarches de cessation de paiement, et les tribunaux de commerce tournent au ralenti. Par ailleurs, des avances ont permis aux entreprises en difficulté de se financer par une dette supplémentaire, mais ces dettes vont devoir être remboursées. Enfin, il y avait eu en 2017 une poussée des créations d’entreprises, et il y a toujours un pic de mortalité la 3ème année après la création.

Source : Le Monde 17 Juin 2020

Les déficits se creusent

Le déficit de l’assurance chômage pourrait atteindre 25,7 milliards d’euros en 2020. Plusieurs raisons à cela. Le chômage croît fortement, et les recettes diminuent à cause du manque d’activité. De plus, l’activité partielle des salariés est financées pour un tiers par l’UNEDIC.

De son côté, la Sécurité Sociale pourrait se trouver en déficit de 52 milliards d’euros, dont 31 pour l’Assurance Maladie. Ceci est dû principalement à la hausse du chômage (moins de cotisations), et à la généralisation du chômage partiel, les salaires concernés étant exonérés de cotisations.

Ces chiffres étaient attendus et sont assumés par le gouvernement, mais des discussions avec les partenaires sociaux sont prévues en Juillet. C’est là qu’on verra la position du gouvernement.

Source : Le Monde 17 et 20 Juin 2020

L’intérim, indicateur avancé ?

L’intérim s’est effondré à la fin du mois de Mars, dès le début du confinement. -17% à la fin mars par rapport à la fin de 2019. L’indicateur du chômage BIT a quant à lui, reculé à 7,8%, mais cela tient aux définitions du BIT, les travailleurs devant être disponibles immédiatement pour être considéré chômeur. Or un travailleur confiné (sans travail ou en chômage partiel) n’est pas disponible.

Cette bonne nouvelle en trompe-l’œil est donc corrigée par les statistiques de Pôle-Emploi. A fin Avril, le nombre de demandeurs d’emplois sans aucune activité (Cat. A) s’est envolé : + 7,1%. Le marché de l’emploi se dégrade donc rapidement, principalement chez les jeunes, les personnes en contrat précaire, les ouvriers et les employés. Ceci bien que 12,4 millions de travailleurs bénéficient du « chômage partiel ».

Les experts redoutent qu’à moyen terme une vague de faillite emportent les entreprises qui étaient déjà fragiles avant la crise.

C’est dire que la politique de soutien à la relance sera très importante.

Source : Le Monde 15 Mai 2020

La BCE attaquée par les juges allemands

Dans un jugement rendu public Mardi 5 Mai, la Cour Constitutionnelle allemande de Karlsruhe exige de la Banque Centrale Européenne qu’elle justifie son programme d’achat de dettes (« quantitative easing ») lancé par Mario Draghi en 2015. Les juges donnent 3 mois à la BCE pour s’expliquer, faute de quoi ils ordonnent à la Bundesbank de cesser de participer au programme actuel de rachat de dettes (celui lancé par C. Lagarde pour répondre à la crise actuelle).

Techniquement cette menace n’en est pas une car la BCE n’a pas besoin de la Bundesbank pour acheter des titres de dette sur le marché, même des titres allemands .

Mais dans le principe l’attaque est inquiétante car elle apparaît comme une décision des juges allemands de s’autosaisir de compétences qui sont en fait européennes. Si nécessaire, ce sont les juges de la CJUE, la Cour de Justice de l’Union Européenne qui auraient dû avoir à juger de la légalité des actions de la BCE, a priori indépendante vis-à-vis de tout organisme national.

Il s’agit donc en fait d’une bataille entre juges, mais cette affaire fragilise les institutions européennes à un moment où elles sont mises à rude épreuve par les effets de la pandémie et par les forces nationalistes dans certains pays de l’Union.

Source : Le Monde des 7 et 8 Mai 2020

N.D.L.R. : La bonne solution serait plutôt une modification des traités européens pour que la BCE soit une bonne fois pour toutes libre d’acheter des titres comme elle l’entend, au moins sur le marché secondaire, comme le peuvent toutes les grandes Banques Centrales (USA, Japon, Grande-Bretagne). Mais pour l’instant espérer un tel traité à l’unanimité est du domaine du rêve.

Plan de 2000 milliards aux USA

Accord dans la nuit du 25 Mars sur un plan de sauvetage de l’économie américaine, dont des pans entiers sont mis à l’arrêt par l’extension de l’épidémie.

Ce plan est relativement énorme : 2000 milliards de dollars soit environ 10% du PIB. Il a plusieurs volets.

– Un versement direct aux ménages américains : 1200 dollars par adulte gagnant moins de 75000 dollars, et 500 dollars par enfant. Il sera appliqué dans les 3 semaines.

– Une indemnisation fédérale du chômage pendant 4 mois (600 dollars). Ceci s’ajoute à une aide des Etats de 250 à 550 dollars par semaine pendant 3 à 7 mois.

– Une aide aux PME, non remboursable si elle paie des salaires, des loyers ou des échéances de prêts ou encore des factures d’eau ou d’électricité.

– Une aide aux grandes entreprises (500 milliards de prêts). Les démocrates ont exigé un contrôle de l’utilisation des prêts. Cette enveloppe inclut des aides aux secteurs stratégiques comme Boeing et General Electric, les aéroports et les compagnies aériennes. Les bénéficiaires de ces aides ne pourront plus faire de rachats d’actions ni octroyer des bonus aux dirigeants.

– Cent milliards seront consacrés aux hôpitaux et aux entreprises de soins, et 150 milliards à des villes en difficulté.

Source : A. Leparmentier « Le Congrès américain valide le plan de relance» , le Monde 26/03/2020

N.D.L.R. : Notons le versement direct aux ménages, méthode peu utilisée, et aussi le fait que ce versement direct s’adresse à la demande, alors que les gouvernements nous avaient plutôt habitués à cajoler l’offre. Notons aussi un « biais » vers le peuple et contraire aux grandes entreprises. Ce sont les démocrates qui ont pu imposer cette tendance.

Déficit énorme à Berlin

Le gouvernement allemand vient de soumettre au Bundestag un plan de soutien à l’économie qui doit être voté aujourd’hui. Ce plan est à la fois remarquable par son volume, sans équivalent dans l’existence de la République Fédérale, et par la vitesse avec laquelle le gouvernement l’a décidé, qui est inouïe.

Il est de 156 milliards d’euros, soit 123 milliards de supplément de dépense et 33,5 milliards de recettes fiscales en moins. On relève dans le projet :

– Des aides directes aux indépendants et aux très petites entreprises, pour 50 milliards, cela concerne 4 millions de personnes ;

– Soutien des locataires et propriétaires immobiliers ;

– Crédits illimités aux entreprises auprès de la Banque Publique d’Investissement KfW, le gouvernement s’apprêtant à doubler sa garantie à cette banque (pour commencer) ;

– Création d’un « Fonds de Stabilisation de l’Economie » doté de 600 milliards d’euros, à fin de de fournir des garanties publiques aux emprunts des grandes entreprises et à prendre des participations dans des groupes en difficulté.

Ce plan n’a suscité aucune opposition dans le pays. Malgré l’énormité des chiffres on n’est pas sûr qu’il suffise si la crise dure plusieurs mois.

Source : C . Boutelet « L’Allemagne boucle le plus gros plan de sauvetage de son histoire », Le Monde 25/03/2020

L’Allemagne en récession

On pense outre-rhin que l’Allemagne n’échappera pas à la récession. Mais son ampleur n’est pas prévisible, et dépendra de la durée de la crise. La fourchette des experts est très large. Si la reprise est au mois de Mai et soutenue vigoureusement la chute pourrait être limitée à -1,5%. Mais si la reprise n’est que progressive dans le courant du second semestre la récession serait de –5% à -9%.

Les tabous commencent à tomber. Le président de l’Ifo (Institut sur le moral des affaires) habituellement très critique sur toute opération étatique, n’écarte pas l’idée d’un fonds de participation des Etats au capital des entreprises.

Et pour financer les mesures d’urgence, le gouvernement pourrait déroger pour la première fois à la règle d’or du zéro déficit.

Source : C. Boutelet « L’économie allemande pourrait chuter jusqu’à 9% » Le Monde 21/03/2020