L’instabilité politique à la Une

« Le Monde » en a fait son titre : « En Europe, le recul des grands partis fragilise les gouvernements ». Un dossier établi par J. P. Stroobants montre que 14 des 28 pays de l’Union sont dirigés par des gouvernements minoritaires. Ceci est dû à l’affaiblissement des grands partis et au développement des partis dits « populistes » ou extrémistes.

En Belgique le gouvernement Michel qui vient de tomber était soutenu par une coalition minoritaire de droite. Au Royaume-Uni, Theresa May a une majorité qui dépend d’un petit parti nationaliste nord-irlandais. En Espagne, Pedro Sanchez gouverne avec les 84 députés de gauche soit 25% des députés. En Suède, 3 mois après les élections, on n’a pas encore de majorité, aucun des 2 grands partis ne pouvant gouverner seul, et ne voulant gouverner avec le parti SD, nationaliste et anti-immigrés. Au Danemark les libéraux dépendent de l’extrême droite.

Les pays de l’Est de l’UE ne sont pas épargnés. En Estonie, en Lituanie, en Croatie, en Slovaquie, les gouvernements sont minoritaires. En Lettonie, pas de gouvernement pour l’instant.

Source : Le Monde du 27/12/2018

N.D.L.R. : Ce tableau rejoint notre analyse sur les conséquences de la crise de 2008 et des politiques d’austérité qui ont suivi quelques années après. Voir « Le prix de l’austérité » sur ce site.

Italie et Europe

Les taux des obligations italiennes monte progressivement vers des niveaux insoutenables. Actuellement il est autour de 3% au-dessus des taux allemands et la dégradation mesurée de Moody’s a calmé les marchés.

Cependant l’Italie est sur la même pente que la Grèce en 2015. Son gouvernement clame qu’il veut rester dans l’Euro, mais son programme économique est aux antipodes des « standards » européens.

Cette position est intenable. Si le gouvernement garde son programme, il va à l’affrontement avec la Commission et les marchés vont faire monter ses taux d’intérêt jusqu’aux sommets. La BCE ne peut juridiquement l’aider par des achats de titre que s’il y a plan d’assistance qui ne pourra évidemment être accordé que si le gouvernement italien revient au budget d’austérité.

Si les taux italiens ont déjà monté, c’est que la BCE a cessé ses achats de titres italiens. Il agit ainsi parce que son « quantitative easing » cessera à la la fin de 2018 et les achats de titres ont déjà été réduits. De plus, même dans le cadre de ces achats réduits, les achats de titres gouvernementaux et spécialement ceux des états « fragiles » sont dans le collimateur des faucons d’Europe du Nord, allemands en tête.

Source : l’ensemble de la presse.

Trop de finance étouffe la croissance !

Nicholas Shaxson publie un livre sur ce sujet. « The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer.” Ce livre coïncide avec une étude universitaire récente « The UK’s Finance Curse? Costs and Processes “ par A. Baker, G.Epstein et J.Montecino, qui est parue sous forme de rapport de l’Université de Sheffield. Cet article chiffre l’ordre de grandeur du déficit de croissance induit au Royaume Uni : 4500 milliards de livres de 1995 à 2015, soit 2 ans de PIB britannique. Ceci serait dû au poids du secteur financier qui a été en moyenne de 6,5% de l’économie avec un pic de 9% en 2009 (en France 4%).

Cet impact aurait plusieurs causes :

– Le ratissage des meilleurs cerveaux : des ingénieurs qui pourraient être dans l’aérospatial modélisent des risques financiers.

– Les salaires élevés dans ce secteur : le coût de la vie s’élève à Londres et repousse les autres emplois dans les banlieues.

– le cours de la Livre monte, sapant la compétitivité des autres secteurs

– les capitaux préfèrent aller vers ce secteur plutôt que vers l’industrie

– ce secteur génère des bulles et parfois des crises financières (la crise de 2008 pèse pour 1800 milliards de livres dans l’évaluation de l’étude).

Source : Eric Albert : « La malédiction de la finance étouffe l’économie » le Monde Economie & Entreprise 6/10/2018

N.D.L.R. : On pourrait dire qu’un secteur hypertrophié est toujours mauvais. Par exemple on a parlé de la « malédiction du pétrole » dans certains pays où le secteur du pétrole développe la corruption, aspire les meilleurs talents et renchérit le coût de la vie. Mais le secteur financier a une particularité essentielle, il irrigue le reste de l’économie et est absolument nécessaire à tous les secteurs. D’où l’importance de le discipliner.

Crise chez les émergents

Ce n’est pas encore la tempête, mais ça tangue dangereusement.

La secousse est partie de Turquie début Août. Tensions commerciales et diplomatiques avec les Etats-Unis, déficit courant de 6%, et inflation à 18% ont fait baisser la livre turque (-44% depuis le 1-1-18). Mais depuis, la baisse de multiples autres devises (le peso argentin, le rand sud-africain, le rouble russe, le real brésilien, le peso mexicain …) a montré que le problème est plus général. L’économie américaine va très bien, les taux remontent et le dollar également. Les capitaux quittent donc les pays émergents pour aller aux USA. Les pays endettés en dollar sont particulièrement fragiles (Afrique du Sud, Indonésie et surtout Turquie et Argentine). L’inquiétude des marchés se nourrit aussi du conflit commercial USA-Chine, car les émergents dépendent beaucoup du moteur chinois.

La volatilité des monnaies est proche des plus hauts, et les bourses commencent à être touchées : le « MSCI Emerging Markets » (indice de 24 économies émergentes) a baissé de 17% depuis Janvier.

Source : Marie de Vergès « Les pays émergents en zone de turbulences » Le Monde Economie & Entreprise 7 Septembre 2018

Les excédents allemands

Cette année 2018, d’après l’institut allemand IFO, l’excédent allemand devrait frôler les 300 milliards d’euros (plus que le Japon et la Chine), soit 7,8% du PIB.

Un tel excédent a plusieurs causes. D’abord le dynamisme de l’industrie. Ensuite le taux important de l’épargne publique et privée. Cette dernière peut s’expliquer par le vieillissement de la population, mais du côté de la puissance publique les investissements pourraient être plus importants. D’ailleurs au-dessus de 6% la Commission Européenne juge que l’excédent nuit aux partenaires déficitaires.

Source : Marie Charrel « L’éternel problème des excédents allemands » , Le Monde Economie & Entreprise 6 Septembre 2018

La Turquie dans la tourmente

La Turquie est sur une pente dangereuse. L’inflation est très forte. Elle était de 15% en rythme annuel en Juin, et 16% en Juillet. Les taux d’intérêt réels sont modérés. Le taux directeur est à 17,75% depuis fin Juillet et n’a pas bougé depuis car la banque centrale est depuis la réforme institutionnelle aux ordres du président du pays R.T. Erdogan, qui répugne à augmenter ces taux, de peur de freiner la croissance.

Cette inaction ne rassure pas les marchés. Par ailleurs le déficit courant du pays est important (50-60 milliards de dollars) et les entreprises sont lourdement endettées en dollars. Or le dollar n’en finit pas de monter et la livre turque de baisser.

Quand les banques étrangères refuseront de prêter aux banques turques, la chute sera proche. On ignore le rythme actuel de baisse des réserves de devises étrangères, mais tous les ingrédients d’une crise de change sont là.

Si la Turquie y est acculée, elle n’aura plus le choix qu’entre une forte hausse des taux d’intérêt, avec récession de l’économie, et un contrôle des changes, qui la sortirait partiellement du jeu du marché.

Source : L’ensemble de la presse, notamment Le Monde Economie et Enteprises du 10/08/2018

N.D.L.R. : Nous avons décrit l’engrenage de la crise de change dans une fiche technique « Fiche N°11 : Le mécanisme de crise de change dans les pays endettés en devises »

La Chine et la guerre commerciale

Face aux attaques croissantes de D.Trump, la Chine annoncera des représailles, mais en fait hésite sur la conduite à tenir. Car elle n’importe que 130 milliards de dollars de produits américains par an, contre 505 milliards dans l’autre sens. Elle a donc fait savoir qu’elle répondrait par des mesures à la fois « quantitatives » et « qualitatives ». Ce n’est pas très clair, mais les entreprises américaines établies ou faisant affaires en Chine craignent d’être prises pour cible.

Mais les dirigeants chinois ne semblent pas prendre cette direction. Ils souhaiteraient au contraire favoriser les entreprises étrangères, à la fois pour désamorcer les attaques de barrières non tarifaires aux importateurs, et pour favoriser sa stratégie de réorientation vers le marché intérieur et de mouvement vers le haut de gamme. C’est ainsi qu’Elon Musk a été reçu par le gouvernement pour signer un projet d’usine à Shangaî.

En même temps, la Banque Centrale allège ses réserve obligatoires pour aider les entreprises.

En résumé, tout en ne voulant pas paraître « faible », la Chine fait tout pour calmer le jeu et laisser passer les élections américaines en Novembre, après quoi elle tentera de trouver un accord .

Source : Simon Leplâtre et Harrold Thibault « Commerce : la Chine hésite à monter au front », Le Monde Economie & Entreprise 7 Août 2018

Le rapport Cap22 est-il vraiment enterré ?

A l’origine, c’est-à-dire en Octobre 2017, le « Comité Action Publique 2022 » est l’ossature de la volonté d’Emanuel Macron de réformer l’Etat, de baisser la dépenses publique de 60 milliards d’euros, et les prélèvements obligatoires de 3% (promesses de campagne pour la fin du quinquennat). Le Comité a 6 mois pour rendre son rapport.

Mais fin Avril, après l’enterrement dans la douleur du « rapport Borloo », l’exécutif décide qu’il ne faut pas publier des projets de décisions anxiogènes qui peut-être ne seront pas adoptées. Le rapport Cap22 sera donc également enterré. La publication est repoussée à plusieurs reprises, puis le 12 Juillet le Comité se réunit pour apprendre qu’il n’y aura pas de publication. Las, quelques jours plus tard il paraît dans le Figaro, heureusement entre la Coupe du Monde et l’affaire Benalla, et ne provoque aucune réaction.

Mais parallèlement, les mauvaises nouvelles sur la croissance vont obliger l’exécutif, qui entend garder ses objectifs, à accélérer la réduction des dépenses.

Cependant il entend maintenant annoncer les réformes une fois qu’elles sont décidées, à peu près ficelées et sans tambours ni trompettes : le 1er Février, la réforme de la fonction publique ; le 4 Juin, celle de l’audiovisuel public ; le 8 Juillet, celle des services de Bercy. Il a aussi annoncé que l’Education Nationale est dans les tuyaux, et qu’à la rentrée suivraient le réseau étranger de l’Etat, les Sports et la gestion des routes.

C’est pourquoi on peut dire que si le rapport CAP22 a été officiellement enterré, il vaudrait mieux dire qu’il a été mis de côté, et qu’on ne sait pas ce que le gouvernement veut faire de son contenu.

Source : Benoît Floc’h « Dépenses publiques : le gouvernement au pied du mur », et « CAP22, des ors de Matignon à l’enterrement sans fleurs ni couronnes », Le Monde 5/6 Août 2018

La croissance américaine en question

Le président Trump s’est félicité des chiffres de croissance de l’économie américaine ( 4,1% pour le 2ème trimestre) et en a évidemment attribué le mérite à sa politique, notamment à sa politique commerciale.

D’après Arnaud Leparmentier (analyste de Le Monde), les choses sont plus nuancées.

Un point de croissance s’explique par un boom des exportations de soja vers la Chine, les acheteurs ce pays ayant fait des achats de précaution avant qu’ils soient taxés, ces représailles étant annoncées pour le mois de Juillet.

En sens inverse les entreprises ont déstocké, diminuant la croissance de 1 point.

Ces 2 causes se neutralisant, la croissance a donc été causée par

– La consommation, qui a crû de 4%, niveau le plus élevé depuis 2014, nourrie par la baisse du chômage et la baisse des impôts,

– Des investissements soutenus des entreprises (7,3% est un très bon taux)

– La hausse des dépenses publiques de 2,1%, et parmi elles des dépenses fédérales de 3,5%, portant le déficit du 1er semestre à 2,8% du PIB, ce qui est considérable pour un pays en plein boom.

Ceci explique pourquoi la FED augmente doucement ses taux d’intérêt.

Source : Arnaud Leparmentier « Donald Trump triomphe avec une croissance trimestrielle de 4,1% » Le Monde Economie et Entreprises, 19-20 Juillet

N.D.L.R. : Puisque pour l’instant les protections commerciales n’ont pas d’effet évident, la cause première de cette expansion est le déficit budgétaire sous forme de dégrèvements d’impôts des ménages et des entreprises. Le bon taux d’investissement et la hausse de consommation en sont des conséquences. Depuis Keynes, ce n’est pas une surprise que si l’Etat injecte de l’argent dans le circuit économique, une reprise se produit. Les dirigeants européens devraient s’en inspirer.

Les ménages français s’endettent

Sous le poids de l’immobilier l’endettement total (immobilier et consommation) des ménages est passé de 31% du PIB en 2000 à 58,4% en 2017. Les banques sont de moins en moins regardantes sur la qualité des emprunteurs et prêtent à taux toujours plus bas (1,42% aujourd’hui).

Source : Le Monde Economie et Entreprise 8/9 Juillet 2018

N.D.L.R. : Cette facilité d’emprunt soutient le marché des acquisitions et entretient la hausse des prix. Le risque de bulle existe si les prix montent trop hauts (chute brutale), si les taux d’intérêt remontent brutalement (les bilans des banques se dégradent par baisse de la valeur des créances) ou si une crise économique avec hausse du chômage fait remonter la proportion des emprunteurs qui font défaut.