Embellie pour l’emploi en 2019

Le taux de chômage a reculé en 2019, à 8,5% en milieu d’année. Ceci est dû à une croissance de l’emploi exceptionnelle, avec 260.000 emplois nouveaux.

D’où viennent ces emplois ? Il semble que 30000 ont été créés grâce à la transformation du CICE en baisses de charges sociales.

12000 emplois ont été créés dans l’industrie (première variation positive depuis une quinzaine d’années), 41000 dans le bâtiment (élections municipales et Grand Paris), 168000 dans les services marchands. Il y a eu aussi 14000 emplois aidés.

On note que 87% des nouvelles embauches sont en CDD. De ce fait le pourcentage de CDD dans l’emploi total monte progressivement (12,3% en 2017).

Toutes les catégories profitent des nouveaux emplois (sauf les seniors, légèrement négatifs). On note aussi des retours sur le marché de travailleurs qui avaient renoncé à travailler, notamment pour les seniors et les femmes, dont le taux d’emploi devrait augmenter.

Cette embellie est due avant tout à la croissance de l’économie, qui sera de 1,3% en 2019.

Source : Béatrice Madeline « En 2019, l’emploi a connu une belle embellie », Le Monde Economie & Entreprise, 27 Décembre 2019

N.D.L.R. : On peut se demander d’où vient cette croissance de l’économie, alors que les autres grands pays de la zone euro sont à la peine (Allemagne 0,5%, Italie 0,2%). La cause de la croissance ne serait-elle pas tout simplement keynésienne ? A la suite de la crise des gilets jaunes, le gouvernement a pris des mesures fiscales non prévues, pour un montant estimé entre 10 et 12 milliards d’euros, soit 0,4 à 0,5% du PIB. Si cette « relance » crée de l’emploi, il peut y avoir un effet « multiplicateur » qui pourrait expliquer au moins une partie de cette croissance supplémentaire. Reste à voir ce qu’il restera de cette manne en 2020. Si le gouvernement veut malgré tout tenir son budget « dans les clous », il est clair que la France rentrera dans le rang pour l’emploi aussi.

L’action des fonds d’investissement

Les fonds d’investissements commencent à soulever les critiques outre-Atlantique. Les très bas taux du marché obligataire poussent les investisseurs à chercher des taux plus élevés sur des opérations de plus en plus risquées. En 2018, selon une étude d’une association américaine, le marché de la dette à effet de levier (LBO des fonds d’investissement ou emprunt direct d’une entreprise) a atteint 3000 milliards de dollars, soit près de 3 fois le montant des célèbres subprimes de 2018. Or par définition, pour qu’un tel emprunt soit viable, il faut que la rentabilité de l’entreprise financée soit supérieure au taux d’intérêt à payer aux prêteurs. Bien que les réglementations se soient améliorées, une baisse conjoncturelle des revenus des entreprises pourrait rendre difficiles les remboursements et mettre certaines en difficulté.

Source : Le Monde Economie & Entreprise 18/10/2019

Alerte sur la dette des entreprises

La dette mondiale des entreprises a battu un record au 1er trimestre 2019 (91% du PIB mondial). Elle est plus élevée que celle des Etats (87,2%) et que celle des ménages (59,4%). Le canal du crédit est de plus en plus employé pour financer des opérations risquées comme des fusions-acquisitions.

Les situations sont très différentes suivants les pays et selon les lois locales, les modalités de prêts et selon la devise employée. Le ratio dette/PIB de 91% en moyenne mondiale est de 250% aux USA, 315% en France, et 178% en Allemagne.

Pour l’instant rien ne se passe car les taux étant très bas, les remboursements sont allégés. D’un autre côté, la qualité de la dette s’est dégradée. Le seuil bas de notation BBB est enfoncé pour 54% des emprunts, alors qu’il ne l’était en 2008 que pour 30%.

La situation est particulièrement préoccupante en Asie car les emprunts sont souvent contractés en devise étrangère (dollar ou euro). Or l’Asie attire 36% de entrées de capitaux (12% en 2007) dont la moitié en prêts étrangers. Le situation de nombreuses entreprises est donc devenue là-bas dépendante du cours des grandes devises mondiales.

Source : Le Monde Economie & Entreprise 18/10/2019

Diagnostic consensuel ?

Dans un interview donné au journal Le Monde, Joseph Stiglitz affirme que « .. il y a enfin consensus sur les maux du capitalisme ! Tel qu’il fonctionne aujourd’hui, celui-ci échoue à répartir équitablement les fruits de la croissance, captés par une minorité. De plus, il accélère la destruction de l’environnement, … ». Pour lui, un « capitalisme progressiste » aurait une fiscalité plus juste, des investissements publics renforcés dans l’éducation et les infrastructures. Toujours selon lui, cela exige de renforcer le rôle de l’Etat, à la fois dans le pilotage de l’Etat social et dans les régulations permettant de mieux encadrer la finance et les marchés.

Et pour que l’économie tourne à un rythme acceptable, pour lui, les banques centrales ne peuvent plus rien. Seule la politique budgétaire peut soutenir la croissance.

Source : Marie Charrel : « Il y a consensus sur les maux du capitalisme », Le Monde Economie & Entreprise 25 Septembre 2019

Relance, vous avez dit relance ?

Le « Super Mario » veut partir sur un coup d’éclat. La BCE a annoncé aujourd’hui une série de mesures d’assouplissement monétaire.

1. Le taux de dépôt est abaissé de -0,4% à – 0,5%.

2. Pour ne pas trop pénaliser les banques et atténuer son effet, ce taux négatif n’est appliqué qu’au-dessus d’un certain plafond de dépôts.

3. Achat d’actifs, pour 20 milliards par mois, sans limite de date.

De nombreux analystes craignent que les taux trop bas n’entretiennent des effets pervers (surchauffe du marché immobilier), et que le nouveau QE ne relance guère l’économie réelle, qui est plutôt plombée par les guerres commerciales et le ralentissement de la Chine. De nombreuses voix s’élèvent donc pour dire que c’est maintenant aux politiques budgétaires d’agir.

Les yeux se tournent alors vers l’Allemagne, qui a des excédents abondants et pourrait facilement investir de grosses sommes sans inconvénient. Mais les orthodoxes Allemand sont encore approuvés par le gouvernement et le public. Les choses changeront peut-être quand les effets de la récession annoncée de produiront, mais pour l’instant le gouvernement se retranche derrière la règle du « Schwarze Null » (zéro noir, ou règle du budget à l’équilibre), et derrière la constitution qui maintenant interdit un déficit supérieur à 0,35%. Le gouvernement s’apprête à ruser car il doit trouver 50 milliards à l’horizon 2030 pour tenir ses engagements climatiques. Il envisage de créer des entités publiques indépendantes qui pourraient emprunter jusqu’à 35 milliards d’euros par an, soit 1% du PIB. Mais cette ficelle est un peu grosse au goût de certains parlementaires et le débat aura lieu lors de la discussion du budget 2020 au Parlement en Novembre.

Source : Eric Albert « La BCE prête à repousser ses limites » et J.M. Hauteville « L’Allemagne balaie la perspective d’une relance budgétaire », Le Monde Economie et Entreprises 12 Septembre 2019

Casse-tête chinois pour les groupes automobiles

Le marché chinois de l’automobile a cru de manière insolente jusqu’à 2017. Premier retournement en 2018 (-2,8%). En 2019 la crise s’aggrave (- 12,4% au premier semestre). Certains la subissent encore plus, par exemple PSA-Peugeot-Citroen (-62%) ou Ford (-27%). L’entreprise française envisage de supprimer la moitié de ses effectifs en Chine alors qu’en 2014 le groupe comptait sur la Chine pour redresser sa situation.

La raison de la crise est une décélération de l’économie, la fin des subventions et des normes environnementales plus sévères, d’où une concurrence accrue. Suzuki a quitté le pays en 2018 et les coréens Kia et Hyundai ferment des usines.

Partir ou rester ? Telle est la question du jour …

Source : Le Monde Economie & Entreprises, 11-12 Août 2019

Plus de confiance mais pas de croissance

Les mesures prises par le gouvernement en décembre 2018 en réponse à la crise des « gilets jaunes », qui étaient en fait une relance keynésienne par déficit accru pour financer des revenus supplémentaires (prime d’activité, primes exceptionnelles des entreprises, …), se sont bien traduites par des hausses de pouvoir d’achat. L’acquis de croissance annuelle de ce pouvoir d’achat est de 2,3% en 2019.

Malheureusement, ce pouvoir d’achat supplémentaire a été épargné, car on ne constate qu’une faible hausse de la consommation (+0,9%). Probablement les ménages comme les entreprises restent inquiets (caractère peut-être non pérenne des suppléments de revenus, conjoncture internationale dégradée, …). Il y a, comme disent les spécialistes, des « réserves de croissance ».

Source : Elise Barthet « En France, plus de confiance, moins de croissance », Le Monde Economie & Entreprises Mercredi 31 Juillet.

N.D.L.R. : A moins que le gouvernement ne « pompe » ces réserves de liquidités par les mesures qu’il se prépare à prendre pour ramener son budget sous la barre des 3% (par exemple la diminution des droits de chômeurs, qui est entrée en vigueur ces jours-ci).

L’industrie allemande freine

Après une décennie à plein régime, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Licenciements massifs chez Deutsche Bank et BASF, résultats en baisse chez Daimler-Benz et BMW, grèves et mauvais résultats à Lufthansa. Sans parler de statistiques décevantes (baisse des commandes industrielles). L’entrée en récession n’est pas exclue.

Très exportatrice, la première économie européenne subit les tensions protectionnistes, notamment le ralentissement chinois. Egalement, le secteur de l’automobile est pris en tenaille entre le ralentissement de la demande étrangère et la transformation technique et sociétale de l’automobile sous l’effet des nouveaux usages, des ruptures technologiques et de l’urgence environnementale.

Le doute s’installe et des craintes apparaissent sur l’emploi. 3,8% des entreprises industrielles ont déjà recours au chômage partiel et cela pourrait augmenter rapidement.

Le directeur de l’institut économique DIW demande « un programme intelligent d’investissements publics » pour se prémunir contre une dégradation supplémentaire.

Source : Jean-Michel Hauteville « Ralentissement et inquiétude en Allemagne », Le Monde Economie & Entreprises, 16 Juillet 2019

Ombres sur l’économie mondiale

Les analystes et observateurs sont inquiets. En effet, les bourses sont euphoriques mais la croissance mondiale ralentit. On s’attend à 2,7% de croissance en 2019 et 2020 (3,1 en 2018). Aux Etats-Unis, les entreprises réduisent les investissements sur fond de tensions commerciales. En Europe, les investissements stagnent en Grande-Bretagne, l’Italie est en panne de croissance, et l’Allemagne subit le choc des nouvelles réglementations automobile. En Chine, les exportations ont baissé de 10% sur le début de 2019 en raison de l’affrontement commercial avec les Etats-Unis..

D’où vient alors le climat euphorique ? Beaucoup estiment que des bulles spéculatives se développent, et que ce sont les banques centrales qui ont prolongé le « rallye » par des taux bas et des injections de liquidités. La FED a un peu ralenti, mais les opérateurs espèrent qu’elle va de nouveau baisser ses taux. La BCE, qui n’a toujours pas son taux d’inflation à 2%, annonce qu’elle va redevenir « flexible » si nécessaire. Partout les taux bas ou très bas encouragent l’endettement. Celui-ci a mondialement augmenté de 50% depuis 10 ans. L’ensemble des dettes publiques et privées représente 234% du PIB mondial, contre 208% en 2008. Dans la recherche de rendements, les investisseurs ont beaucoup développé les « prêts à effet de levier » accordés à des entreprises très endettées. Ces « leveraged loans » sont des prêts risqués. Ils ont aussi donné lieu à de la titrisation.

Les banques seraient moins exposées qu’en 2008 à ces prêts risqués, dit-on. Néanmoins leur volume ne cesse de croître. Il est d’environ 1100 milliards de dollars en 2018 (le volume des subprimes en 2008 était de 1300 milliards de dollars).

Dans ces climats incertains (« paradoxe de la tranquillité », théorisé par H. Minsky) il peut suffire d’un choc sur la croissance ou les taux pour que tous les problèmes se révèlent.

Source : E. Barthet et V. Chocron « Bourse, croissance : le calme avant la tempête » Le Monde 8 Juillet 2019

Réforme de l’Unédic : impact sous-estimé ?

Bien qu’on attende encore le décret d’application, la plupart des observateurs pensent que le nombre de chômeurs touchés par la réforme sera beaucoup plus important que le chiffre avancé par le gouvernement (600 à 700.000).

Pour l’Unédic, le seul changement du mode de calcul de l’allocation (basée sur le salaire moyen au lieu du dernier salaire) pourrait impacter plus de 1.200.000 personnes. Il y a aussi la hausse du critère d’éligibilité (6 mois de travail sur 24 mois au lieu de 4 mois sur 28 mois), la hausse du délai de carence pour recharger ses droits en cas de retour à l’emploi (6 mois au lieu de 1), et la dégressivité dans le temps des allocations au-delà de 4500 euros bruts.

Source : Bertrand Bissuel « Réforme de l’Unédic : un impact sous-estimé ? » Le Monde 6 Juillet 2019.