Miracle économique américain ?

Donald Trump peut être satisfait. Après une croissance en 2018 de 2,9%, l’économie américaine a cru de 3,2% au 1er trimestre 2019 en rythme annuel.

Le taux de chômage s’établit en Avril à 3 ,6%, son plus bas niveau depuis 1969. Le salaire moyen progresse de 3,2% par an. Le tout sans surchauffe. L’inflation est retombée en mars à 1,6%.

D’où vient la croissance ? On peut penser qu’elle est due en partie à la croissance du déficit budgétaire, qui en 2018 a crû de 17%, soit 113 Milliards de dollars, ou encore 0,6% du PIB. De plus les taux d’intérêt sont restés bas, même si la FED les a remontés de 0 à 2,25%.

Il faut reconnaître que l’économie américaine crée beaucoup d’emplois : plus de 200.000 par mois depuis 9 ans ! L’emploi total s’établit ainsi à 156 millions, soit 10 millions de plus que le niveau d’avant la crise, il y a 10 ans.

Maintenant il faut tempérer un peu les chiffres de l’emploi et du chômage. Nous avons indiqué il y a quelques mois dans un article pourquoi il fallait se méfier des taux de chômage, notamment des chiffres américains (« Où est passée l’inflation ? Pourquoi il faut changer la mesure du chômage »). Un calcul du taux de chômage américain en rajoutant les temps partiels subis et les exclus du marché arrive à 7,3%.

L’emploi américain s’est « ubérisé » et le temps partiel s’est étendu. De plus de nombreux américains sont après la crise de 2008 sortis du marché du travail, et ils y reviennent progressivement. Le taux d’emploi des 25-54 ans, qui était d’environ 84% avant les années 2000, était descendu à 80,5% en 2015, avant de remonter à 82%. Cela met les USA entre la France et l’Allemagne, ce qui remet les choses en place.

Source : Arnaud Leparmentier « Les Etats-Unis au plein emploi » Le Monde Dimanche 5- Lundi 6 Mai 2019

L’Allemagne doute

L’inquiétude économique a fait son retour en Allemagne.

Les prévisions de croissance pour 2019 ont été plusieurs fois revues à la baisse. En Octobre, on prévoyait 1,8% ; en Janvier 2019, 1% ; en Avril, 0,5%. Les chiffres du moral des chefs d’entreprises est également en baisse.

Cette dégradation économique coïncide avec la retraite annoncée de Mme Merkel, qui a personnifié une éclatante prospérité du pays (9 ans de croissance ininterrompue).

Il y a dans les milieux économiques une angoisse du déclin de la machine à produire allemande et de ses spécialités : automobile, machine-outil, chimie. Des opinions divergentes sont apparues pour la première fois depuis longtemps, et des dogmes fondamentaux sont remis en cause.

– l’équilibre budgétaire était une réforme emblématique de la chancelière, elle l’a fait inscrire dans la Loi Fondamentale. Or des économistes influents proches du patronat ont émis l’opinion qu’en période de taux très bas, il est absurde de ne pas s’endetter pour investir dans l’éducation et dans des domaines industriels d’avenir.

– le non interventionnisme de l’Etat, soutenu depuis longtemps par les entreprises moyennes, est contesté par les grands groupes. Le ministre de l’Economie P. Altmaier a jeté un pavé dans la marre en présentant un plan pour une « stratégie industrielle nationale » à l’horizon 2030, son souci étant de soutenir des champions nationaux de taille suffisante face aux concurrences chinoises et américaines.

Dans la société civile on commence aussi à douter des vertus du marché, car les prix des loyers traditionnellement bas en Allemagne, ont fortement augmenté ces dernières années.

Dans un monde économique qui change aussi (l’Amérique qui entretient un climat de guerre commerciale et l’Europe qui se délite), les allemands ne se sentent plus invulnérables.

Source : Cécile Boutelet et Thomas Wieder « En Allemagne, le retour de la question sociale » Le Monde 26 Avril 2019

L’endettement des français s’envole

Au 3ème trimestre 2018, l’endettement du secteur privé non financier a atteint 133% du PIB (59% pour les ménages et 74% pour les entreprises). Il était de 99% en 2007.

Le gouvernement s’inquiète et demande aux banques de renforcer leurs fonds propres (+0,25% d’ici la fin de l’année).

Source : Le Monde Economie & Entreprise 20 Mars 2019

Le déficit commercial des USA plus élevé que jamais.

Le 6 Mars, pas de tweet du président Trump. C’est qu’il devait digérer une bien mauvaise nouvelle. Malgré tous ses efforts, le déficit extérieur 2018 des USA, dont il a fait un marqueur de sa politique, a battu un record dans le mauvais sens.

Il est à 621 milliards de dollars, le plus élevé depuis 10 ans. Hors services, il s’élève à 891,3 milliards de dollars, record absolu.

La cause principale est la relance fiscale, qui a dopé la consommation et les importations.

Un autre record a été battu, celui du déficit commercial bilatéral avec la Chine, à 419 milliards de dollars. Les américains n’ont pas cessé d’acheter des produits chinois, alors que la Chine, pour riposter aux menaces américaines, a taxé des produits américains et a trouvé d’autres fournisseurs, notamment pour le soja.

Source : Le Monde Economie & Entreprises 8 Mars 2019

Les chiffres du chômage toujours ambigus

Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a baissé de 1,5% au 4ème trimestre 2018 par rapport au 3ème trimestre et de 0,3% par rapport au même trimestre il y a un an. Le gouvernement n’a pas manqué de communiquer là-dessus, surtout sur le premier chiffre.

Mais comme d’habitude il ne précise pas que si on additionne les 3 catégories A, B et C (en ajoutant les demandeurs d’emploi en activité réduite) la variation est moins brillante (+1,4% de trimestre à trimestre et -0,3% sur un an).

De plus on peut noter que sur un an cela fait environ 1700 chômeurs de moins, et que dans le même temps les radiations ont diminué de 2400 mais les cessations d’inscription pour défaut d’actualisation ont augmenté de 11000 personnes.

On peut résumer en disant que comme d’habitude suivant les trimestres, ça varie peu en plus ou en moins et qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

Source : Pôle-emploi statistiques du 4ème trimestre 2018.

L’instabilité politique à la Une

« Le Monde » en a fait son titre : « En Europe, le recul des grands partis fragilise les gouvernements ». Un dossier établi par J. P. Stroobants montre que 14 des 28 pays de l’Union sont dirigés par des gouvernements minoritaires. Ceci est dû à l’affaiblissement des grands partis et au développement des partis dits « populistes » ou extrémistes.

En Belgique le gouvernement Michel qui vient de tomber était soutenu par une coalition minoritaire de droite. Au Royaume-Uni, Theresa May a une majorité qui dépend d’un petit parti nationaliste nord-irlandais. En Espagne, Pedro Sanchez gouverne avec les 84 députés de gauche soit 25% des députés. En Suède, 3 mois après les élections, on n’a pas encore de majorité, aucun des 2 grands partis ne pouvant gouverner seul, et ne voulant gouverner avec le parti SD, nationaliste et anti-immigrés. Au Danemark les libéraux dépendent de l’extrême droite.

Les pays de l’Est de l’UE ne sont pas épargnés. En Estonie, en Lituanie, en Croatie, en Slovaquie, les gouvernements sont minoritaires. En Lettonie, pas de gouvernement pour l’instant.

Source : Le Monde du 27/12/2018

N.D.L.R. : Ce tableau rejoint notre analyse sur les conséquences de la crise de 2008 et des politiques d’austérité qui ont suivi quelques années après. Voir « Le prix de l’austérité » sur ce site.

Italie et Europe

Les taux des obligations italiennes monte progressivement vers des niveaux insoutenables. Actuellement il est autour de 3% au-dessus des taux allemands et la dégradation mesurée de Moody’s a calmé les marchés.

Cependant l’Italie est sur la même pente que la Grèce en 2015. Son gouvernement clame qu’il veut rester dans l’Euro, mais son programme économique est aux antipodes des « standards » européens.

Cette position est intenable. Si le gouvernement garde son programme, il va à l’affrontement avec la Commission et les marchés vont faire monter ses taux d’intérêt jusqu’aux sommets. La BCE ne peut juridiquement l’aider par des achats de titre que s’il y a plan d’assistance qui ne pourra évidemment être accordé que si le gouvernement italien revient au budget d’austérité.

Si les taux italiens ont déjà monté, c’est que la BCE a cessé ses achats de titres italiens. Il agit ainsi parce que son « quantitative easing » cessera à la la fin de 2018 et les achats de titres ont déjà été réduits. De plus, même dans le cadre de ces achats réduits, les achats de titres gouvernementaux et spécialement ceux des états « fragiles » sont dans le collimateur des faucons d’Europe du Nord, allemands en tête.

Source : l’ensemble de la presse.

Trop de finance étouffe la croissance !

Nicholas Shaxson publie un livre sur ce sujet. « The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer.” Ce livre coïncide avec une étude universitaire récente « The UK’s Finance Curse? Costs and Processes “ par A. Baker, G.Epstein et J.Montecino, qui est parue sous forme de rapport de l’Université de Sheffield. Cet article chiffre l’ordre de grandeur du déficit de croissance induit au Royaume Uni : 4500 milliards de livres de 1995 à 2015, soit 2 ans de PIB britannique. Ceci serait dû au poids du secteur financier qui a été en moyenne de 6,5% de l’économie avec un pic de 9% en 2009 (en France 4%).

Cet impact aurait plusieurs causes :

– Le ratissage des meilleurs cerveaux : des ingénieurs qui pourraient être dans l’aérospatial modélisent des risques financiers.

– Les salaires élevés dans ce secteur : le coût de la vie s’élève à Londres et repousse les autres emplois dans les banlieues.

– le cours de la Livre monte, sapant la compétitivité des autres secteurs

– les capitaux préfèrent aller vers ce secteur plutôt que vers l’industrie

– ce secteur génère des bulles et parfois des crises financières (la crise de 2008 pèse pour 1800 milliards de livres dans l’évaluation de l’étude).

Source : Eric Albert : « La malédiction de la finance étouffe l’économie » le Monde Economie & Entreprise 6/10/2018

N.D.L.R. : On pourrait dire qu’un secteur hypertrophié est toujours mauvais. Par exemple on a parlé de la « malédiction du pétrole » dans certains pays où le secteur du pétrole développe la corruption, aspire les meilleurs talents et renchérit le coût de la vie. Mais le secteur financier a une particularité essentielle, il irrigue le reste de l’économie et est absolument nécessaire à tous les secteurs. D’où l’importance de le discipliner.

Crise chez les émergents

Ce n’est pas encore la tempête, mais ça tangue dangereusement.

La secousse est partie de Turquie début Août. Tensions commerciales et diplomatiques avec les Etats-Unis, déficit courant de 6%, et inflation à 18% ont fait baisser la livre turque (-44% depuis le 1-1-18). Mais depuis, la baisse de multiples autres devises (le peso argentin, le rand sud-africain, le rouble russe, le real brésilien, le peso mexicain …) a montré que le problème est plus général. L’économie américaine va très bien, les taux remontent et le dollar également. Les capitaux quittent donc les pays émergents pour aller aux USA. Les pays endettés en dollar sont particulièrement fragiles (Afrique du Sud, Indonésie et surtout Turquie et Argentine). L’inquiétude des marchés se nourrit aussi du conflit commercial USA-Chine, car les émergents dépendent beaucoup du moteur chinois.

La volatilité des monnaies est proche des plus hauts, et les bourses commencent à être touchées : le « MSCI Emerging Markets » (indice de 24 économies émergentes) a baissé de 17% depuis Janvier.

Source : Marie de Vergès « Les pays émergents en zone de turbulences » Le Monde Economie & Entreprise 7 Septembre 2018

Les excédents allemands

Cette année 2018, d’après l’institut allemand IFO, l’excédent allemand devrait frôler les 300 milliards d’euros (plus que le Japon et la Chine), soit 7,8% du PIB.

Un tel excédent a plusieurs causes. D’abord le dynamisme de l’industrie. Ensuite le taux important de l’épargne publique et privée. Cette dernière peut s’expliquer par le vieillissement de la population, mais du côté de la puissance publique les investissements pourraient être plus importants. D’ailleurs au-dessus de 6% la Commission Européenne juge que l’excédent nuit aux partenaires déficitaires.

Source : Marie Charrel « L’éternel problème des excédents allemands » , Le Monde Economie & Entreprise 6 Septembre 2018