L’Allemagne doute

L’inquiétude économique a fait son retour en Allemagne.

Les prévisions de croissance pour 2019 ont été plusieurs fois revues à la baisse. En Octobre, on prévoyait 1,8% ; en Janvier 2019, 1% ; en Avril, 0,5%. Les chiffres du moral des chefs d’entreprises est également en baisse.

Cette dégradation économique coïncide avec la retraite annoncée de Mme Merkel, qui a personnifié une éclatante prospérité du pays (9 ans de croissance ininterrompue).

Il y a dans les milieux économiques une angoisse du déclin de la machine à produire allemande et de ses spécialités : automobile, machine-outil, chimie. Des opinions divergentes sont apparues pour la première fois depuis longtemps, et des dogmes fondamentaux sont remis en cause.

– l’équilibre budgétaire était une réforme emblématique de la chancelière, elle l’a fait inscrire dans la Loi Fondamentale. Or des économistes influents proches du patronat ont émis l’opinion qu’en période de taux très bas, il est absurde de ne pas s’endetter pour investir dans l’éducation et dans des domaines industriels d’avenir.

– le non interventionnisme de l’Etat, soutenu depuis longtemps par les entreprises moyennes, est contesté par les grands groupes. Le ministre de l’Economie P. Altmaier a jeté un pavé dans la marre en présentant un plan pour une « stratégie industrielle nationale » à l’horizon 2030, son souci étant de soutenir des champions nationaux de taille suffisante face aux concurrences chinoises et américaines.

Dans la société civile on commence aussi à douter des vertus du marché, car les prix des loyers traditionnellement bas en Allemagne, ont fortement augmenté ces dernières années.

Dans un monde économique qui change aussi (l’Amérique qui entretient un climat de guerre commerciale et l’Europe qui se délite), les allemands ne se sentent plus invulnérables.

Source : Cécile Boutelet et Thomas Wieder « En Allemagne, le retour de la question sociale » Le Monde 26 Avril 2019