Le danger de la dérégulation du code du travail

Le sociologue Jean-Claude Barbier insiste sur le fait que les résultats que l’on obtiendra en France avec les ordonnances « Macron » ne peuvent être prédits par les résultats obtenus ailleurs, car la structure du marché du travail, les institutions, le contexte politique et culturel sont différents dans chaque pays, et une même réforme n’a pas partout les mêmes effets.

Il prend l’exemple de l’Allemagne, où, à la suite des réformes « Schröder », un quart des salariés vivent aujourd’hui avec un salaire inférieur aux 2/3 du salaire brut moyen. C’est comme au Royaume-Uni, très supérieur à la France (8%) ou la Suède (5%). Mais en Allemagne ces jobs sont souvent occupés par les conjointes d’ouvriers qualifiés, en CDI, et bien payés. En France, les foyers doublement précaires sont nombreux, une explosion de la précarité y serait donc beaucoup plus ravageuse.

L’imprévisibilité vient aussi du fait que c’est seulement lorsque les textes sont publiés et les jurisprudences des contentieux établies qu’on constate quels dispositifs ont du succès auprès des employeurs. Cela a été le cas en France avec la rupture conventionnelle, apparue en 2008. Un dispositif similaire des ordonnances est la « rupture d’un commun accord dans le cadre d’un plan de départ volontaire ». S’il avait le même succès et que rien ne vient le contrecarrer, les licenciements pourraient s’envoler.

Source : Interview de Jean-Claude Barbier par Antoine Reverchon « En France, une explosion de la précarité serait bien plus ravageuse », Le Monde Economie & Entreprises 19 Septembre 2017

N.D.L.R. : Comme l’ont noté les Hollandais, une fois ouverte la boite de Pandore, il est très difficile de revenir en arrière.