Les aides aux locataires font-elles monter les loyers ?

Le gouvernement le croit en tout cas, qui ne cesse de le répéter, et d’objurguer les propriétaires de suivre le mouvement. Il semble fonder son opinion sur une étude de l’INSEE de 2005, qui concluait en effet qu’un euro mis en plus sur les aides augmentait les loyers de 60 à 80 centimes.

Mais il existe d’autres études. En 2014 l’INSEE a sorti une autre étude qui a trouvé un très faible effet, entre 5% et 7% seulement.

Et récemment, une note de travail du Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD) remet ce lien en cause. Cette étude est connue dans les cercles compétents bien qu’elle ne soit pas encore parue. Elle confirme que les loyers les plus modestes ont bien augmenté plus que les autres loyers entre 1973 et 2013, les allocations logement ayant elles-mêmes augmenté massivement à partir de 1988. Mais il y a d’autres causes à l’augmentation des loyers des logements modestes. Premièrement, l’augmentation du confort des logements (en partie grâce à des réglementations nouvelles). 100% des logement ont aujourd’hui une douche, un chauffage et un WC. En 1973 c’était respectivement 25%,15% et 37%. Deuxièmement, la population a changé. En 1973 les locataires des logements modestes étaient plus âgés que la moyenne des locataires de 10 ans. Aujourd’hui, il sont plus jeunes que la moyenne de 5 ans. Ceci est dû au « rajeunissement des pauvres, ou la paupérisation des jeunes », explique la note. De plus, ces locataires sont plus urbains. Enfin, ce rajeunissement entraîne des logements plus petits. Or les petits logements urbains ont des loyers relativement plus élevés que les plus grands situés hors des villes.

Tous ceux qui trouvent la démarche du gouvernement inquiétante demandent au gouvernement de faire paraître cette note.

Source : Isabelle Rey-Lefèvre « L’effet dopant des APL sur les loyers contesté » Le Monde 10-11 Septembre