Plan de sortie de crise 2013

 

Note : Ce plan est une œuvre collective. Bien que la substance ait été bâtie par l’auteur, elle est le résultat de longues discussions et de participations diverses.  Que tous ces participants soient remerciés, notamment J. Berthillier, J. Dutrieux, J. Muraro, et J.P. Rolland.

 

 

 

Nous avons exposé dans l’éditorial d’Avril 2013 pourquoi la situation exigeait un plan énergique de relance pour sortir de la grave crise dans laquelle nous sommes. Le présent document détaille un tel plan de relance.

Bases théoriques

Les résultats des actions menées sont calculés en utilisant une théorie originale que nous appelons « le multiplicateur global ». Cette théorie prolonge les travaux de J.M. Keynes et ceux qui ont suivi, et en tire toutes les conséquences. On trouvera une description de cette théorie sous la forme abrégée d’une Fiche Technique N° 17, ou dans un document plus complet et plus théorique. En quelques mots, ce modèle s’appuie sur trois idées. La première est que les revenus circulent, donc un revenu créé donne naissance à plusieurs transactions. La deuxième idée est que la création initiale doit être réalisée par un agent économique, soit une entreprise qui investit et dépense dans un projet, soit un ménage qui consomme ou achète un logement, soit l’Etat qui investit et dépense de son côté.

La troisième idée est que si chacun dépense ce que l’autre lui a remis, il n’y a pas de croissance. Si de plus certains épargnent en retirant de la monnaie du circuit, c’est encore pire. Dans l’absolu, pour qu’il y ait croissance, il faut que la création de moyens de paiement nouveaux excède les retraits de ces moyens de paiement par l’épargne. Dans le système actuel, la création monétaire se fait par endettement auprès des banques secondaires. Mais l’Etat peut aussi bénéficier de création monétaire par la Banque Centrale. Chaque fois que nous parlerons de l’endettement pour générer de nouveaux revenus, il pourra s’agir pour l’Etat soit d’endettement classique, soit de fonds en provenance de la Banque Centrale. Dans ce dernier cas nous parlerons de « création monétaire directe » ou CMD.

Notons aussi que nous ne distinguons pas l’endettement pour investissement de l’endettement de trésorerie courante. Tout endettement génère de nouveaux revenus, mais n’est pas équivalent pour autant en ce qui concerne ses rendements futurs.

La théorie du multiplicateur global aboutit aux relations suivantes qui donnent la croissance du revenu national d’une année sur l’autre en fonction d’un certain nombre de paramètres.

(1)

(2)

yt

Revenu national pendant la période t (notion très proche du PIB)

wt

Vitesse de circulation de la monnaie (nb de « tours » dans la période) soit PIB/M1[1]

lt

Taux par rapport au PIB de l’épargne totale nette de la nation

efpt

Ratio au PIB de l’épargne financière nette privée(2)

– dbt

Ratio au PIB de l’épargne nette du secteur Public (inverse du déficit budgétaire)

echt

Inverse de la capacité de financement extérieure (notion proche de la balance extérieure courante), en ratio au PIB

Si on suppose que la vitesse de circulation w ne varie pas et reste proche des valeurs actuelles (3 fois par période), les paramètres qui influent sur la croissance sont l’endettement net privé (– efp) , l’endettement net de l’Etat (db), et la balance extérieure (ech). Ces trois éléments sont additifs, c’est-à-dire que qu’une même croissance peut être impulsée avec le même rendement par un endettement privée, un endettement d’Etat, ou un excédent extérieur.

Le scénario de base

Les hypothèses :

Le plan se déroule sur 10 ans. L’option principale que nous devions prendre dans nos hypothèses est liée aux chiffres suivants qui sont des moyennes passées sur le comportement d’épargne des agents économiques

Tableau des épargnes nettes sur 2 périodes longues (1ère col=Tx croissance, 2ème col.=Solde Extérieur,

Dernière col.=Tx d’inflation

 %

a

Ext.

Epargne nette privée

Public

Total

Infl.

 

 

 

SNF

SF

Mén.

 

 

 

Moyenne 52-84

4,4

-0,2

-6,2

1,0

3,1

-1,2

-3,2

7,4

Moyenne 85-10

1,9

-0,1

-1,5

1,0

2,7

-3,5

-1,2

2,1

On peut voir que pendant les 30 glorieuses (forte croissance moyenne de 4,4%, inflation moyenne de 7,4%), les SNF s’endettaient fortement (6,2% du PIB en moyenne) et symétriquement l’Etat s’endettait peu (1,2% en moyenne). Au contraire, dans la période proche, les SNF se sont très peu endettées (1,5%) et symétriquement l’Etat a dû s’endetter plus (3,5% en moyenne). Les SF (Sociétés Financières) n’ont guère changé de comportement, les ménages ont baissé leur épargne mais pas dans de grandes proportions, et le solde extérieur a été faiblement négatif dans les deux cas. On voit donc l’importance de l’hypothèse d’endettement des SNF pour calculer l’endettement de l’Etat.

Or nous avons considéré qu’il n’était pas raisonnable de compter sur un dynamisme d’endettement des SNF aussi important que celui de 6% qui a eu cours dans un passé déjà lointain. Nous avons supposé que les SNF restaient pendant 2 ans avec un endettement net de 2% (niveau des dernières années), puis qu’elles augmentaient cet endettement progressivement à 3,2% au terme du plan de 10 ans. Cette augmentation est d’une part indispensable pour ne pas noyer l’Etat sous sa dette, d’autre part elle reste raisonnable, et sera vraisemblablement presque « naturelle » si les conditions de croissance sont réunies, en raison du fort investissement en hommes et en matériels qui devrait en résulter.

Pour les autres paramètres les hypothèses sont moins critiques. Les hypothèses de baisse modérée de l’épargne des Sociétés Financières et de Ménages nous semblent également possibles à la fois parce que le contexte de croissance diminuera les réflexes d’épargne de précaution, et aussi parce que les actions réglementaires (aides à l’investissement, baisse des taux créditeurs) pousseront dans ce sens.

Enfin, comme nous l’avons expliqué dans l’éditorial qui a motivé ce plan, l’équilibre extérieur est une nécessité absolue pour la viabilité du plan. Nous n’avons pas supposé un excédent, par contre nous avons supposé que l’équilibre était atteint dès la 8ème année. Tous les moyens économiques et diplomatiques devront être mobilisés à cette fin.

Tous ces paramètres sont résumés dans le tableau suivant (les 3 premiers paramètres évoluent linéairement de la 2ème à la 12ème année, la balance extérieure évolue linéairement entre la 2ème et la 8ème année, puis reste stable).

 

Paramètre

An1

An2

An8

An10

Ep. SNF %

-2

-2

-2,9

-3,2

Ep. SF %

1

1

0,55

0,4

Ep. Mén. %

3

3

2,55

2,4

Extérieur %

-2,4

-2,4

0

0

 

Les résultats pour le déficit et la dette :

Une fois les hypothèses fixées pour les agents privés et le solde extérieur, on applique les formules du multiplicateur et en cherchant quel déficit budgétaire nous amène au taux de croissance cherché. Celui-ci est en volume de 2,5% l’année 1, 3,5% l’année 2 et 4% de l’année 3 à l’année 10. Le taux d’inflation a été supposé s’accroître progressivement de 2% l’année 1 à 4% l’année 10. Cette hypothèse résulte d’une part du fait que les biens importés se renchériront inévitablement en raison des protections aux frontières et/ou de la baisse de la devise utilisée, mais d’autre part que ces protections ne seront pas étanches ni dans tous les secteurs et qu’une concurrence suffisante pourra être conservée. Nous examinons plus loin le cas où l’inflation serait plus forte que prévu.

Les résultats sont les suivants

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

PIB Valeur

1951

2039

2158

2299

2454

2626

2816

3027

3260

3518

3805

k volume

0,989

1,025

1,035

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

Inflation

1,020

1,020

1,022

1,024

1,027

1,029

1,031

1,033

1,036

1,038

1,040

Déficit %PIB

0,041

0,059

0,059

0,055

0,049

0,043

0,037

0,032

0,026

0,023

0,021

Dette brute %PIB

0,900

0,878

0,848

0,816

0,786

0,756

0,727

0,697

0,666

0,635

0,606

 

On voit que le déficit brut (en l’absence de toute aide de la banque centrale) reste important pendant une longue période (il ne repasse sous la barre des 3% qu’à la 8ème année). Ceci est dû au fait que la participation des agents à la croissance met du temps à se réaliser et reste modeste étant données nos hypothèses prudentes. De ce fait la dette ne commence à baisser qu’après 4 ans, et elle est encore à 74% du PIB à la fin du plan. Encore une fois, si la dette a tant de mal à baisser, c’est qu’en raison de nos hypothèses très prudentes l’Etat reste l’initiateur le plus important de la croissance jusqu’à la 8ème année.

C’est pourquoi nous avons jugé que dans cette situation il était nécessaire de prévoir que la Banque Centrale puisse aider au financement de ce déficit pendant les premières années. L’hypothèse que nous avons faite est que la banque centrale finançait(3) chaque année une fraction du déficit budgétaire, et que cette fraction diminuait de la 1ère à la 10ème année. Dans notre scenario central, cette fraction est de 70% la 1ère année et 14% la 10ème, avec décroissance linéaire entre les deux. Il en résulte une nouvelle évolution de la dette publique nette.

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Déficit %PIB

0,041

0,059

0,059

0,055

0,049

0,043

0,037

0,032

0,026

0,023

0,021

CMD%

 

0,041

0,041

0,034

0,027

0,021

0,016

0,011

0,007

0,005

0,003

CMD G€

 

83,52

88,77

79,00

67,09

55,43

44,15

33,45

23,57

17,35

11,27

CMD Max

 

30,93

41,71

50,13

55,42

61,32

67,93

75,33

83,64

92,98

103,50

Excédent

 

52,59

47,05

28,87

11,68

-5,89

-23,78

-41,88

-60,07

-75,63

-92,24

Dette nette %PIB

0,90

0,88

0,85

0,82

0,79

0,76

0,73

0,70

0,67

0,64

0,61

CMD Max : Création monétaire directe correspondant en croissance de M1 au taux de croissance du PIB(4)

Excédent : Différence entre la CMD effective et la CMD Max(5)

 

Le tableau donne la CMD (Création Monétaire Directe) qui résulte de cette hypothèse, en % du PIB ainsi qu’en M€. Il donne aussi un « maximum » de monétisation, qui est en fait le repère donné par l’augmentation naturelle de la masse monétaire due à la croissance nominale du PIB. On voit que jusqu’à la 4ème année il y a un excédent de monétisation d’au total environ 140 milliards. Par ailleurs le montant total monétisé au bout de 10 ans est de 500 milliards, soit 13% du PIB à ce moment, alors que la masse monétaire est d’environ 33%. On peut donc dire que la Banque Centrale a monétisé à ce moment pour un montant total d’environ 40% de la masse monétaire.

On peut discuter de savoir si cette monétisation par la Banque Centrale et l’Etat est inflationniste. Nous pensons que ce n’est pas le cas, car le gros de l’excédent de monétisation est fait au début, c’est-à-dire en période de sous-emploi manifeste. Mais si des tensions inflationnistes étaient détectées, il serait possible soit de stériliser cette création par vente d’autres titres, soit de prendre des mesures de restriction de la création monétaire privée (réserves obligatoires, réglementation du crédit), puisque l’excédent n’est que temporaire.

De la croissance du PIB à la croissance de l’emploi :

Pour estimer les gains d’emploi, nous avons supposé que la population active continue de croître à 3% par an. Par ailleurs nous avons dû estimer les gains de productivité. Nous avons utilisé une relation très simple entre le taux de croissance annuelle et le gain de productivité annuel. Sur les 31 ans de 1981 à 2011, la corrélation a été testée sur le logiciel économétrique TSP. Le résultat est

Cette formule(6) donne un gain de productivité très fort de 2,5% pour une croissance de 4%. Nous avons utilisé ce résultat sans changement, mais nous considérons que cette estimation est pessimiste. En effet ceci signifie que la croissance de l’emploi n’est que de 1,5% pour une croissance de 4%.(7) Une raison pourrait être que les gains de productivité ont été plus importants dans le passé qu’aujourd’hui.

Quoi qu’il en soit, il suffit de de faire croître la population employée au taux de croissance du PIB diminué du gain de productivité. Le résultat est le suivant

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Gain product.

 

0,017

0,022

0,025

0,025

0,025

0,025

0,025

0,025

0,025

0,025

Pop. Active (Millions)

29,00

29,09

29,17

29,26

29,35

29,44

29,53

29,61

29,70

29,79

29,88

Emploi

24,00

24,20

24,51

24,88

25,25

25,63

26,02

26,41

26,81

27,21

27,62

Gain (millions)

0,00

0,20

0,31

0,37

0,37

0,38

0,39

0,39

0,40

0,40

0,41

Cumul gain

0,00

0,20

0,51

0,88

1,25

1,63

2,02

2,41

2,81

3,21

3,62

Taux chômage

0,172

0,168

0,160

0,150

0,140

0,129

0,119

0,108

0,098

0,087

0,076

Nous estimons aujourd’hui le nombre de chômeurs à 5 millions (voir l’éditorial), en ajoutant aux 3 millions officiels tous ceux qui sont en manque de travail sans être estampillés chômeurs (temps partiels subis, formations, radiés, sortis du marché). C’est plutôt une estimation basse. Et c’est pourquoi nous pouvons prétendre à un gain de 3,6 millions d’emploi sans atteindre le plein emploi. Avec les mêmes critères, le taux de chômage réel actuel est estimé à 17% et baisse à 7,6% à la fin du plan de 10 ans.

La demande

Notre plan de relance est keynésien, c’est-à-dire qu’il suppose que tant qu’on n’est pas au plein emploi, il y aura toujours une demande suffisante qui répondra aux investissements de l’Etat et des entreprises pourvu que cette demande potentielle soit solvable.

En effet, il y aura déjà la consommation accrue des nouveaux salariés, celle des 3,6 millions de nouveaux travailleurs, qui auront au moins 10000 euros de nouveaux revenus par an, soit 36 milliards qui tourneront 3 fois dans l’année, soit une centaine de milliards qui feront en fin de plan 2,6% du PIB.

Par ailleurs de nombreux investissements sont nécessaires et seront financés en partie par l’Etat(8)  :

– Rénovation thermique : C’est une opération qui s’étalera sur 40 ans et demandera une participation de l’Etat de 25% (bureaux) à 70% (logements) soit 16,5 G€/an

– Construction de nouveaux HLM (180.000 par an) : participation de 50% au surcout foncier pour intégration urbaine et au surcout de construction pour isolation thermique et phonique aux nouvelles normes, soit au total 4 G€/an

– R&D, transports nouveaux et développement des anciens, aide à l’innovation : sur tous ces postes la participation de l’Etat est supposée être de 100% au moins pendant la durée du plan, et pourrait se monter à 33 milliards.

Le total de ces investissements se monte donc à 54 milliards par an environ, soit 2,6% du PIB de départ et 1,4% du PIB d’arrivée, sans tenir compte des réévaluations de dépense.

On peut toujours discuter de la validité de ces estimations, mais elles prouvent au moins que des actions d’envergure demandent facilement des dizaines de milliards et qu’il est donc vraisemblable que plusieurs points de PIB seront nécessaires pour ces programmes. Ces nouvelles dépenses engendreront aussi des dépenses induites qui aideront à la croissance.

Et l’inflation ?

Dans notre scenario central, nous avons supposé que l’inflation montait à 4% en fin de plan. Que se passerait-il si l’inflation était plus forte, par exemple à 6% en fin de plan ? Nous avons déroulé le même scenario en ne changeant aucun autre paramètre. Cela donne le résultat suivant.

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

PIB Valeur

1951

2039

2162

2314

2486

2684

2909

3166

3461

3800

4189

k volume

0,989

1,025

1,035

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

Inflation

1,020

1,020

1,024

1,029

1,033

1,038

1,042

1,047

1,051

1,056

1,060

Déficit %PIB

0,041

0,059

0,059

0,056

0,051

0,046

0,041

0,036

0,030

0,029

0,027

Dette0 %PIB

0,900

0,884

0,858

0,827

0,796

0,764

0,731

0,697

0,660

0,625

0,591

 

Le PIB en valeur est évidemment plus important. Le déficit l’est également, mais la dette cumulée est plus faible, en ratio au PIB, toutes choses égales par ailleurs, ce qui permet d’atteindre le seuil de 60% au bout de 10 ans sans une trop grande monétisation (voir tableau suivant)

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Déficit %PIB

0,041

0,059

0,059

0,056

0,051

0,046

0,041

0,036

0,030

0,029

0,027

CMD%

 

0,035

0,036

0,030

0,024

0,019

0,015

0,011

0,007

0,005

0,003

CMD G€

 

71,59

77,14

69,85

60,66

51,55

42,56

33,75

25,26

19,62

13,55

CMD Max

 

30,93

43,46

54,02

61,89

70,93

81,36

93,44

107,48

123,84

142,98

Excédent

 

40,66

33,68

15,82

-1,22

-19,37

-38,81

-59,69

-82,22

-104,2

-129,4

Dette nette %PIB

0,900

0,884

0,858

0,827

0,796

0,764

0,731

0,697

0,660

0,625

0,591

 

Ici, nous monétisons 60% du déficit au départ (au lieu de 70%). L’excédent de monétisation sur les 3 premières années est d’environ 90 milliards d’euros au lieu de 140, et le total monétisé n’est plus que 11% du PIB d’arrivée, soit 30% de la masse monétaire. Il est peu probable dans ces conditions que des mesures restrictives sur la création monétaire doivent être prises.

Les croissances en volume étant les mêmes, les gains en emploi sont identiques.

En conclusion, on voit donc que l’inflation plus forte ne change pas les résultats en emploi et facilite la réduction de la dette. Bien entendu, nous ne préconisons pas pour autant de faciliter l’inflation car dans ce cas on ne saurait pas prévoir à quel niveau elle s’arrêterait. Nous voulons seulement souligner que la politique dans ce domaine est relativement indépendante du déroulement du plan, à condition d’adapter celui-ci en fonction de cette inflation à venir.

Les scenarios alternatifs

On peut se demander ce qui se passerait si les agents économiques participaient nettement plus, ou nettement moins que dans notre scenario central, avec le même objectif de croissance de 4%

Ils participent plus :

Les valeurs de l’épargne nette sont les suivantes

 

Paramètre

An1

An2

An10

Ep. SNF %

-2

-2

-4

Ep. SF %

1

1

0

Ep. Mén. %

3

3

2

Extérieur %

-2,4

-2,4

0

 

Ces valeurs, sans être exagérées dénoterait un enthousiasme pour la croissance nettement plus important que dans le scenario central et rendrait la réalisation du plan plus facile.

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

PIB Valeur

1951

2049

2176

2319

2476

2649

2841

3053

3288

3548

3838

k volume

0,989

1,030

1,039

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

Inflation

1,020

1,020

1,022

1,024

1,027

1,029

1,031

1,033

1,036

1,038

1,040

Déficit %PIB

0,041

0,060

0,060

0,053

0,045

0,037

0,029

0,022

0,014

0,009

0,005

Dette0 %PIB

0,900

0,887

0,865

0,841

0,814

0,785

0,753

0,717

0,676

0,635

0,591

 

Même avec une inflation minime, la dette est facilement contenue avec seulement 50% de monétisation au départ.

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Déficit %PIB

0,04

0,06

0,06

0,05

0,04

0,04

0,03

0,02

0,01

0,01

0,01

CMD%

 

0,03

0,03

0,02

0,02

0,01

0,01

0,01

0,00

0,00

0,00

CMD G€

 

61,47

65,29

54,83

44,38

34,37

24,99

16,47

9,09

5,05

1,98

CMD Max

 

34,44

45,07

50,56

55,89

61,85

68,51

75,98

84,36

93,79

104,40

Excédent

 

27,03

20,21

4,27

-11,52

-27,48

-43,52

-59,51

-75,27

-88,74

-102,4

Dette nette %PIB

0,90

0,89

0,86

0,84

0,81

0,79

0,75

0,72

0,68

0,63

0,59

 

L’excédent de monétisation est concentré sur les 3 premières années et il est inférieur à 50 milliards. Le total monétisé sur 10 ans est de 320 milliards soit 8% de la masse monétaire à la 10ème année. Tout ceci est très facile à absorber et aucune influence inflationniste n’est à craindre.

Les agents s’engagent moins :

Ils continuent, notamment les SNF, de fonctionner comme dans les 20 dernières années, avec beaucoup d’épargne et peu d’endettement. Le seul objectif volontariste conservé est l’équilibre extérieur.

 

Paramètre

An1

An2

An10

Ep. SNF %

-2

-2

-2

Ep. SF %

1

1

1

Ep. Mén. %

3

3

3

Extérieur %

-2,4

-2,4

0

 

Si on garde l’objectif de croissance de 4%, on obtient

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

PIB Valeur

1951

2049

2176

2319

2476

2649

2841

3053

3288

3548

3838

k volume

0,989

1,030

1,039

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

1,040

Déflateur

1,020

1,020

1,022

1,024

1,027

1,029

1,031

1,033

1,036

1,038

1,040

Déficit %PIB

0,041

0,060

0,060

0,058

0,055

0,052

0,049

0,047

0,044

0,044

0,045

Dette%

0,900

0,857

0,807

0,763

0,725

0,694

0,667

0,644

0,624

0,609

0,599

 

On s’aperçoit que les déficits restent très élevés, ce qui oblige à une création monétaire maximale (100% du déficit au départ, 20% à l’arrivée)

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Déficit %PIB

0,041

0,060

0,060

0,058

0,055

0,052

0,049

0,047

0,044

0,044

0,045

CMD%

 

0,0600

0,0600

0,0518

0,0438

0,0364

0,0296

0,0233

0,0175

0,0133

0,0090

CMDG€

 

122,9

130,6

120,1

108,6

96,55

84,07

71,09

57,64

47,36

34,66

CMDMax

 

34,44

45,07

50,56

55,89

61,85

68,51

75,98

84,36

93,79

104,40

Excédent

 

88,50

85,50

69,53

52,66

34,70

15,56

-4,89

-26,73

-46,43

-69,74

Dette nette

0,900

0,857

0,807

0,763

0,725

0,694

0,667

0,644

0,624

0,609

0,599

 

La maîtrise de la dette n’est acquise qu’avec un excédent de monétisation qui dure 6 ans et se monte à 350 milliards. Le montant total monétisé est de 874 milliards et représente 23% du PIB, soit environ 70% de la masse monétaire de la 10ème année. Cette monétisation importante imposerait presque certainement une réforme du crédit pour réserver à l’Etat la création monétaire.

Ceci justifie notre propos initial selon lequel dans un tel plan, on ne peut se limiter à expliciter le rôle de l’Etat, la participation des agents économiques privée est cruciale et doit être précisée. Si on souhaite éviter une réforme fondamentale du système bancaire il est tout a fait nécessaire d’obtenir leur engagement dans des investissements de croissance.

La croissance de 4% est-elle nécessaire ?

Pour répondre à cette question, nous avons déroulé un scénario dans lequel les agents économiques restent volontaires, mais dans lequel le gouvernement restreindrait ses ambitions à une croissance de 3%. Nous avons gardé l’inflation à 4% pour faciliter les comparaisons. Les résultats pour l’emploi sont les suivants.

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Gain product.

-0,003

0,014

0,017

0,019

0,019

0,019

0,019

0,019

0,019

0,019

0,019

Pop. Active (Millions)

29,00

29,09

29,17

29,26

29,35

29,44

29,53

29,61

29,70

29,79

29,88

Emploi

24,00

24,15

24,35

24,61

24,87

25,13

25,40

25,67

25,94

26,21

26,49

Gain (millions)

0,00

0,15

0,20

0,26

0,26

0,26

0,27

0,27

0,27

0,27

0,28

Cumul gain

0,00

0,15

0,35

0,61

0,87

1,13

1,40

1,67

1,94

2,21

2,49

Taux chômage

0,172

0,170

0,165

0,159

0,153

0,146

0,140

0,133

0,127

0,120

0,113

 

On ne crée plus que 2,5 millions d’emploi et le taux de chômage réel reste à 11%. Compense-t-on ce point négatif par autre chose ?

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

PIB Valeur

1951

2029

2126

2244

2373

2514

2670

2842

3031

3240

3471

k volume

0,989

1,020

1,025

1,030

1,030

1,030

1,030

1,030

1,030

1,030

1,030

Déflateur

1,020

1,020

1,022

1,024

1,027

1,029

1,031

1,033

1,036

1,038

1,040

Déficit %PIB

0,041

0,057

0,056

0,052

0,046

0,040

0,034

0,029

0,023

0,020

0,018

Dette%

0,900

0,922

0,936

0,938

0,933

0,920

0,901

0,875

0,843

0,809

0,774

 

Effectivement les déficits sont plus faibles, mais la dette ne baisse guère et oblige pour la maîtriser à une monétisation de 90% du déficit au départ.

 

Année

An0

An1

An2

An3

An4

An5

An6

An7

An8

An9

An10

Déficit %PIB

0,041

0,057

0,056

0,052

0,046

0,040

0,034

0,029

0,023

0,020

0,018

CMD%

 

0,0512

0,0501

0,0417

0,0330

0,0252

0,0185

0,0129

0,0082

0,0055

0,0033

CMDG€

 

104

106,6

93,62

78,21

63,43

49,47

36,53

24,9

17,93

11,34

CMDMax

 

27,33

33,86

41,27

45,45

50,08

55,23

60,95

67,32

74,43

82,38

Excédent

 

76,67

72,73

52,35

32,76

13,35

-5,76

-24,41

-42,42

-56,51

-71,04

Dette nette

0,900

0,857

0,807

0,763

0,725

0,694

0,667

0,644

0,624

0,609

0,599

 

L’excédent de monétisation perdure pendant 5 ans, le total de l’excédent est de 250 milliards et le total monétisé en 10 ans de 590 milliards soit environ 50% de la masse monétaire de la 10ème année. Autant dire que ce n’est pas le confort et il est probable que des mesures réglementaires sur la création monétaire devront être prises.

Conclusion

De cette exploration nous retirons l’enseignement que rien ne remplace la croissance et une participation même raisonnable des agents privés à la croissance. Si on peut avoir les deux, le financement du plan ne devrait pas poser de problème. Si le dynamisme est encore meilleur, la réalisation sera encore plus facile. Par contre, s’il n’est pas au rendez-vous, le gouvernement, s’il veut sauver une croissance de l’emploi, devra préparer une réforme bancaire d’envergure.

 


(1) Nous employons M1 comme mesure de la masse monétaire, c’est en effet l’agrégat qui représente le mieux la contrepartie des transactions de biens et services.

(2) L’épargne financière nette est l’épargne financière brute diminuée de l’endettement sur la même période

(3) Ce financement doit être « direct », il s’agit donc soit d’avance non remboursable au Trésor Public, soit de titres spéciaux à très long terme émis par l’Etat à cet effet, et achetés à l’émission par la Banque Centrale (ces titres spéciaux ne seraient pas comptabilisés dans la dette de l’Etat).

(4) Ce « maximum » est un terme abusif. Il s’agit d’un niveau « prudent » de création monétaire à ne pas dépasser car sinon la masse monétaire croîtrait plus vite que le PIB.

(5) Un excédent trop longtemps positif provoquerait des risques inflationnistes.

(6) Pour les spécialistes, le coefficient 0,54 est significatif à 1% et la constante à 10%.

(7) Si de tels gains de productivité se confirmaient sur longue période, nul doute que la question du temps de travail devrait être réexaminée.

(8) Le détail de ces investissements a fait l’objet d’une étude par J.P. Rolland et est disponible sur demande.



4 commentaires pour “Plan de sortie de crise 2013”

  1. Merci Gabriel, c’est un article fort intéressant.
    Je m’étonne quand même de ces prévisions optimistes qui a mon avis ne tiennent pas compte de deux paramètres.
    1 – l’inadéquation entre les demandes d’emploi et les besoins ( je crains qu’une bonne partie du chômage soit consécutif à ça)
    2 – le risque non négligeable d’une augmentation du prix de l’énergie s’il y a croissance (européenne ou mondiale) qui va avoir des effets importants sur notre balance commerciale.
    D’une manière générale est ce que le multiplicateur est une fonction linéaire ou bien ses effets vont-ils s’amenuisant ?
    Qu’en penses tu ?

  2. @AJH,
    1.Qualifications: Tu as vu dans le plan que la croissance maximale n’est atteinte que la 3ème année (1ère année 2,5%, 2ème 3,5). Cela pourrait être 2% et 3% sans changer sensiblement le résultat à 10 ans. Et le chômage met de longues années à se résorber. On a donc du temps pour organiser la formation. Rappelle-toi comment une armée d’informaticiens a été formée par les entreprises dans les années 60-70 alors que la pénurie était profonde. Si les entreprises vont mieux, elles sauront faire.
    2. Le prix de l’énergie : J’ai répondu à cela dans un autre commentaire dans l’éditorial « Etat d’urgence ». Je ne crois pas à une pénurie d’énergie dans les 10 ans. Si elle devait arriver elle s’imposerait à tous et il faudrait trouver des solutions.
    Plus généralement, je pense que beaucoup d’intellectuels occidentaux démissionnent trop facilement devant l’idée d’une forte croissance, même plus saine et plus « durable ». Les orientaux n’ont pas ces frilosités. Croyons dans la politique, que diable!
    Quant au multiplicateur, sa forme donnée en équation (1) montre que son efficacité est faiblement croissante. Par exemple si on double l’endettement nécessaire pour avoir 3%, on a 6,2%.

  3. Je n’ai compris que les grandes lignes, autant être honnête. Ce que je vois, c’est un plan qui défend la croissance, ce que je ne demande qu’à adopter.. Avec ce raisonnement comptable toutefois, on bétonne nos espaces vitaux, on continue de semer la violence sociale un peu partout, on continue d’affamer les peuples moins forts. Ça m’embête de vous dire ça au regard du travail accompli ici, mais ça m’ennuierait qu’un vérité toute comptable dirige encore longtemps. Je peux comprendre toutefois que vous tâchez de trouver des solutions pour stopper cette crise épuisante.. soyez remercié pour ça. Le projet de Société lui, devra aller beaucoup plus loin et faire preuve d’esprit de conséquence, de gestion.

  4. @Bruno,
    « Bétonner nos espace vitaux » me paraît exagéré. Certes, dans ce plan nous essayons de nous en sortir par nos propres moyens et en demandant aux autres la réciprocité, mais nous ne demandons nulle part de dresser des barrières étanches. Voir à ce sujet un autre article ici « 
    Entre libre-échange et protectionnisme classique, quelle bonne mesure?« .
    Par ailleurs nous ne pourrons vraiment aider les autres que si nous retrouvons nous-mêmes un équilibre.
    Quant à la « vérité toute comptable », je plaide coupable. Il reste à trouver un langage politique ou idéologique qui traduise ces possibilités techniques en mots d’ordres mobilisateurs. L’un ne peut marcher sans l’autre, car l’idéologie doit être crédible.

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