Fiche n°15 : Les parités de pouvoir d’achat (PPA)

Fondamentalement, une « Parité de Pouvoir d’Achat (PPA) ou « Purchasing Power Parity » (PPP), est un taux de change. Elle peut donc avoir toute valeur positive.

 

Définition : La PPA entre deux monnaies 1 et 2 est le taux de change TCH tel que j’ai le même pouvoir d’achat d’une part dans le pays 1 avec une somme S1 en monnaie 1 et d’autre part dans le pays 2 avec cette même somme S1 convertie en monnaie 2 au taux TCH.

Comme pour les taux de change, il y a 2 manières de donner le chiffre de la PPA entre deux monnaies 1 et 2. On peut l’exprimer en nombre d’unités de 2 dans une unité de 1, ou l’inverse. Les tables données par les fournisseurs de statistiques donnent habituellement les taux de change et les PPA en nombre d’unités de monnaie locale par dollar. Nous préférons l’inverse, la jusitification de cette préférence apparaîtra plus tard. Nous donnons donc les taux de change et les PPA par rapport au dollar en nombre de dollars par unité de monnaie locale. C’est l’inverse des chiffres usuels et nous les noterons respectivement TCH$ et PPA$.

 

Commentaires sur un exemple :

La table OCDE des PPA pour les pays de l’OCDE nous donne la PPA pour la France (donc l’Euro en France) en 2008, soit 0,887404 que nous abrégerons en 0,887. Dans notre notation nous avons donc PPA$ = 1/0,887 = 1,127. Ceci signifie que 1€ a le même pouvoir d’achat en France que 1,127$ aux Etats-Unis.

La même table nous donne pour la France et la même année 2008 le taux de change moyen qui est de 0,683 € pour 1$, soit dans notre notation TCH$= 1/0,683 = 1,464 $ par euro. Le taux de change de l’euro en dollars est au dessus de la PPA. Cet euro obtient par le change en dollars plus de monnaie que nécessaire pour conserver son pouvoir d’achat aux Etats-Unis. l’Euro français est donc surévalué par rapport au dollar, dans le rapport TCH$/PPA$ = 1,464/1,127 = 1,264, soit une surévaluation de 26%.

Notons que grâce à la notation que nous avons adoptée, la surévaluation est associée avec un rapport supérieur à 1, et inversement pour la sous-évaluation.

Notons également que par définition de la PPA, un bien qui coûte 1€ en France coûte PPA$ dollars aux Etats-Unis, ce que nous traduisons par

        (1)

Le prix en dollars est égal au prix en euros que multiplie le nombre de dollars par euros nécessaires pour acheter le même bien.

 

Et entre deux monnaies quelconques ? :

Les mathématiciens diraient que les définitions de la PPA sont transitives, comme le sont celles des taux de change. Si à la PPA pour chaque couple de monnaie j’obtiens m2 unités de la monnaie 2 pour une unité de la monnaie 1, et si j’obtiens m3 unités de 3 pour une unité de 2, alors j’obtiens m2xm3 unités de 3 pour une unité de 1.

Si donc on note par exemple PPA€(£) la PPA de la £ en base € (nombre d’euros par livre), on peut écrire schématiquement

Nombre d’euros par livre=nombre d’euros par dollar x nombre de dollars par livre

Soit

En ramenant les données à des PPA en base $, on a alors

En 2008 (données Banque Mondiale) la PPA de la livre en base dollar est de 1,582$ et la PPA de l’euro français en base dollar est 1,140. La formule ci-dessus nous donne alors la PPA de la livre en base euro, soit 1,582/1,140 = 1,388

Le même raisonnement avec les taux de change nous donnerait 1,255 € pour 1 £. On voit donc qu’en 2008 l’euro était proche PPA avec la livre, celle-ci étant sous-évaluée d’environ 10%.

 

Remarque :

La mesure de la PPA n’est pas simple. Comme les index de prix, elle est une moyenne sur un panier de biens. Car rien ne dit que si je peux, par miracle acheter le même nombre de hamburgers aux USA avec 1$ et en France avec 1,127 €, il serait encore plus miraculeux que je puisse également acheter le même nombre de tee-shirts (à supposer que l’équivalence des hamburgers et des tee-shirts entre les 2 pays soit évidente). Avec les chiffres de la PPA, on spécifie donc à quel panier de biens il s’applique. S’il s’agit de la PPA sur la consommation, on utilise un panier de biens analogue à celui utilisé pour l’index des prix à la consommation. S’il s’agit d’un panier contenant tous les biens produits par le pays, dans les mêmes proportions que dans le PIB, c’est la PPA-PIB (ou PPP-GDP).

 

Application à la mesure des importations et exportations :

Supposons que nous connaissions les flux de commerce nominaux en $ entre 2 pays, par exemple l’Allemagne et la Hongrie, soit X$A et X$H. Supposons aussi que le prix soit P et la quantité exportée Q, le taux de change en dollars par euro TCHA et la PPA en dollars par euro PPAA.

Par définition

Si on convertit le flux d’exportations en dollars

En utilisant (1) on obtient

Ou encore

        (2)

Le raisonnement étant identique pour la Hongrie, on a aussi

        (3)

Ce que nous disent les relations (2) et(3), c’est que si on multiplie les exportations en $ des deux partenaires par leur ratio PPA/TCH, on obtient des valeurs proportionnelles aux quantités, ce qui est très intéressant car on peut ainsi savoir dans quel sens est le déséquilibre des échanges, sans que ce soit faussé par les taux de change de chacun.

Les tables de l’OCDE nous donnent pour 2008 les données suivantes

 

 

Allemagne

Hongrie

TCH$

1,465

0,005810

PPA$

1,23

0,007767

PPA$/TCH$

0,840

1,337

 

Egalement pour 2008, les données de la base Chelem nous indiquent que les flux de biens entre les deux pays sont les suivants

Allemagne à Hongrie : 26059 millions de dollars (M$)

Hongrie à Allemagne : 24893 millions de dollars (M$)

Ceci fait apparaître un solde nominal positif pour l’Allemagne de 1166 M$. Mais si on applique les ratios comme ci-dessus, on obtient

Allemagne à Hongrie : 26059 x 0,840 = 21890 M$(PPA)

Hongrie à Allemagne : 24893 x 1,337 = 33282 M$(PPA)

Ceci fait apparaître un solde réel cette fois-ci négatif de – 11392 M$(PPA), ce qui peut changer la vision que l’on a des échanges entre les deux pays. En fait, la Hongrie exporte plus de biens vers l’Allemagne que l’inverse.

 

Conclusion : Bien que la notion de PPA ne soit pas de prime abord évidente, son utilisation est très importante pour effacer les effets des différences de taux de change et de niveau des prix (donc d’une certaine manière également des différences de niveaux de salaires). Sa publication pour la plupart des pays du monde, au même titre que les taux de change ou les indices des prix, en font de plus un instrument particulièrement facile à utiliser.



6 commentaires pour “Fiche n°15 : Les parités de pouvoir d’achat (PPA)”

  1. Merci pour cette nouvelle fiche tout à fait essentielle.
    Afin d’être sûr que j’ai bien compris, merci de confirmer que dans la formule schématique du paragraphe « Et entre deux monnaies quelconques ? » le signe « ‰ » est en fait un signe « X « .
    Remarque : les formules apparaissent sous Internet Explorer mais pas sous Firefox

  2. @rst
    Oui, il y a des problèmes sur cette fiche. Avec mon IE7, tout est nickel, mais sous Firefox toutes les formules sont invisibles ou bien des caractères sont transformés. Je vais essayer d’arranger ça. En attendant je vous envoie par mail un pdf.
    Le webmestre

  3. Bonjour,

    Si cela vous interesse, j’ai fait le calcul de la balance commerciale de la France à PPA (recensant les volumes, et non les valeurs, des biens exportes et importes), en utilisant les PPA données par le FMI.
    Voila le lien :
    http://blogs.mediapart.fr/blog/samuel/040111/le-vrai-deficit-commercial-de-la-france

  4. @ Samuel

    Très bonne application des PPA. A faire lire à tous les jounalistes qui nous répètent que le déficit commercial avec les pays émergents est peu de choses. En devises oui (5%), mais en volume non (50%), d’après vos chiffres.

  5. le lien vers le blog de Samuel ne fonctionne pas…cherché dans médiapart mais pas trouvé

  6. J’ai envoyé un courriel à Samuel. J’espère que nous retrouverons cette application.

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