Une politique monétaire active pour réduire durablement le chômage

Nous ne pensons malheureusement pas que les taux de croissance économique observés en Europe depuis bientôt deux ans vont se pérenniser par la magie de l’Euro. La croissance du chômage risque fort par conséquent de repartir; elle ne sera pas significativement freinée par la réduction du temps de travail. Aussi pensons-nous indispensable, dans une perspective à moyen et long terme de mettre en œuvre une politique monétaire active qui ne revienne pas sur l’Euro mais remette en cause certaines idées qui semblaient s’imposer d’évidence et que la tourmente financière estivale a fait descendre de leur olympe.

Nos propositions s’articulent sur les points principaux suivants :

 

1)    L’importance du chômage provient en majeure partie d’une demande solvable insuffisante.

 

2) Le seul objectif de stabilité de prix fixé à la BCE risque de conduire à la poursuite d’une politique sinon toujours de rigueur monétaire du moins d’excessive prudence au détriment de l’activité économique.

Cela est d’autant plus vrai que minimiser le rôle de la monnaie (quantité suffisante et niveau adapté par rapport aux autres monnaies) dans la régulation de l’économie est une erreur. La gestion de la monnaie a en effet une influence déterminante sur le taux de croissance donc sur le taux de chômage. Il y a donc lieu d’ajouter à cet objectif de stabilité des prix celui du progrès de la croissance et de l’emploi (comme d’ailleurs aux Etats-Unis et au Japon).

 

3) Afin de prendre en compte ce deuxième objectif, il faut baisser davantage les taux d’intérêt européens.

En effet des taux d’intérêt encore trop élevés en termes réels freinent la consommation et l’investissement (donc pénalisent l’emploi) tant directement qu’indirectement. Leur effet direct est connu depuis longtemps par les économistes. Leur effet indirect passe aujourd’hui par les taux de change dans le contexte de la mondialisation qui conduit les entreprises à réduire en permanence leurs coûts, pour améliorer leur compétitivité, en transférant si nécessaire l’emploi, ou en plaçant une part croissante de leurs profits, dans les zones à monnaie faible.

Certes la création de l’Euro élimine les effets des variations de change sur la concurrence intra-européenne et l’Union Européenne prise dans son ensemble est désormais moins dépendante de la demande extérieure que chaque pays européen pris isolément. Mais le risque de dumping social entre les états européens n’est pas exclu avec les effets pervers qu’il aurait sur le pouvoir d’achat donc sur la croissance.

 

4) Par ailleurs, pour nécessaire qu’elle soit, l’incidence d’une baisse des taux d’intérêt sur l’économie est moins efficace que celle d’une hausse et son effet est beaucoup moins rapide, d’autant que la BCE n’a pas d’action directe sur les taux à long terme qui sont fixés par les marchés. Et ces derniers, sensibles aux préoccupations des rentiers sont tentés de maintenir ces taux au-dessus de la faible prime de risque qu’exige aujourd’hui une inflation devenue bien modeste, freinée qu’elle est par la rigueur de la concurrence.

C’est pourquoi la BCE doit mener une politique active pour assurer le financement d’une expansion durable.

 

5) L’un des moyens de cette politique structurelle active est le recours à la création monétaire par la BCE au bénéfice des ménages, des entreprises, des collectivités ou de l’Etat.

Ceci n’est pas incompatible aujourd’hui avec la stabilité des prix en raison de l’intensité de la concurrence et de la souplesse croissante des capacités disponibles de l’espace européen, en particulier dans le tertiaire. Cette création monétaire est déjà pratiquée actuellement par la Fed. Elle existe aussi au niveau international par l’émission de DTS.

 

6) Par ailleurs, en matière de politique conjoncturelle, les mécanismes de sanction inhérents au pacte de stabilité sont par trop rigides.

Il peut s’avérer nécessaire de laisser le déficit public dépasser la barre des 3 % en période de récession (par diminution d’impôts, investissements publics, aide aux ménages et entreprises) pour mener une relance budgétaire alors indispensable.

 

7) Symétriquement tout ce qui est affirmé ici n’est nullement incompatible avec une éventuelle contraction des moyens de paiement si réapparaissaient un jour des tensions inflationnistes.

La politique monétaire comme la politique fiscale devraient alors participer à la régulation nécessaire.

 

8) Ces propositions constituent les premiers jalons d’une nécessaire réforme du système monétaire international devenu complètement dérégulé et dont la crise mondiale actuelle montre les effets dramatiques sur l’économie réelle.